Il faut plus que des aides pour combattre la précarité

Rédacteur en chef adjoint

Une crise énergétique larvée touche les populations les plus fragiles de la Région bruxelloise. Pour s’attaquer à la précarité, l’exécutif n’a eu de cesse que de proposer des aides ruineuses, sans s’attaquer au fond du problème. Attention, situation explosive.

Peut-on priver d’énergie une famille qui ne parvient pas à payer ses factures ? La réponse est évidemment : non, surtout à la veille de l’hiver. Cette famille a droit à de la souplesse, à l’aménagement de ses échéances de paiement, une expertise sur son type de contrat, sa manière de consommer, ses possibilités d’aide, etc. En attendant, qui doit prendre en charge les impayés ? La réponse de la Région bruxelloise est celle-ci : les fournisseurs d’énergie, en attendant qu’un juge de paix statue sur la situation. Conséquence: ceux-ci fuient la capitale, seuls deux d’entre eux continuent à proposer leurs services. Réduction de la concurrence, risque de hausse des prix, un cercle vicieux qui, au lieu de résoudre les problèmes de notre famille en difficulté, les empire.

C’est la fausse bonne idée typique, qui semble être le lot de nombre de mesures prises par l’exécutif bruxellois lorsqu’il s’attaque à la précarité. Une protection continue, dépensière, pléthorique, qui toujours s’affiche devant les électeurs, mais jamais ne cherche à prendre le mal à la racine.

Pour preuve ces quelques chiffres alarmants, en augmentation constante depuis des années. En Région bruxelloise, un ménage sur 4 est en situation de précarité énergétique et hydrique, selon la fondation Roi Baudouin. Même proportion pour les bénéficiaires de l’intervention majorée pour l’assurance soins de santé, selon l’Institut bruxellois de statistique et d’analyse. Un sur trois glisse sous le seuil de risque de pauvreté, selon Statbel.

Rendre les transports gratuits, étendre les tarifs sociaux, développer des plans logement ne sert à rien si ces aides ne sont pas accompagnées d’un relèvement du pouvoir d’achat de sa population précarisée.

Cachée sous le tapis, la précarité en Région bruxelloise a jailli ces derniers mois sur les radars, au fil des crises : incompréhension des mesures sanitaires, réticence à la vaccination – voire totale ignorance des procédures à suivre – et aujourd’hui crise énergétique. À chaque fois, les statistiques pointent les mêmes couches de la population.

Il est compréhensible et noble de vouloir protéger les plus faibles. Mais rendre les transports gratuits, étendre les tarifs sociaux, développer des plans logement ne sert à rien si ces aides ne sont pas accompagnées d’un relèvement du pouvoir d’achat de sa population précarisée. D’autant que ces mesures amènent son lot de dépenses qu’une région aussi déficitaire et endettée que Bruxelles ne peut plus se permettre.

Au lieu de montrer son profil chevaleresque, la Région bruxelloise devrait renouer ses liens avec les quartiers en difficulté, redynamiser son tissu économique et gonfler son attractivité. Bref, enfiler des habits de vraie capitale. C’est aussi ça tendre la main à cette famille en détresse énergétique.

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