Il n'y aura pas de marche arrière

Le "fichage" des passagers aériens en Europe

Au plus fort d’une crise comme celle que l’Europe traverse depuis la tuerie de Charlie Hebdo, les responsables politiques doivent prendre des décisions. Il faut combler les brèches là où c’est possible, il faut sécuriser la population. Mettre des militaires dans les rues, cela ne plaît pas à tout le monde mais ça rassure beaucoup de gens sans avoir de conséquences sur leurs libertés individuelles. Utiliser de manière systématique les données personnelles des voyageurs européens pour détecter des mouvements criminels, c’est autre chose… Didier Reynders, Laurent Fabius et d’autres ministres des Affaires étrangères européens l’ont martelé en marge de leur réunion à Bruxelles, hier: l’Europe a besoin d’un fichier commun des données des passagers aériens – mieux connu sous l’acronyme PNR (Passenger Name Record). Les services de sécurité, disent-ils, doivent avoir accès aux montagnes de données que les Européens livrent aux compagnies aériennes: nom, composition du ménage, numéro de carte bancaire, préférences alimentaires, destination, etc.

Lorsqu’il s’agit de prendre des mesures irréversibles, l’urgence est mauvaise conseillère.

Grâce au croisement des informations de cette mine de "Big Data", les polices repéreront avec plus de facilité que jamais les mouvements de terroristes, "foreign fighters" et autres bandits de grand chemin. Brandissant cette évidence au poing, les ministres lancent un regard accusateur vers le Parlement européen. Car si l’Union ne dispose pas encore d’un tel fichier, c’est que les eurodéputés ont bloqué la directive "PNR" que la Commission européenne proposait en 2011. Irresponsables, nos élus? Tant s’en faut. Ils ne s’opposent pas par principe à ce que l’on puisse utiliser les données des passagers aériens, mais ils craignent des dérives orwelliennes et veulent des garde-fous pour que la démocratie européenne reste à la hauteur de l’idée qu’ils s’en font. Tous les voyageurs ne doivent pas être des suspects, toutes les informations personnelles disponibles ne doivent pas être utilisées, et des garanties doivent être apportées au respect de la vie privée lors de l’utilisation de données personnelles. Pour le dire en un mot, le flicage doit être proportionné. Ces demandes du Parlement sont plus que légitimes. Les ministres doivent agir, leurs opinions publiques les attendent au tournant. Mais lorsqu’il s’agit de prendre des mesures irréversibles, l’urgence est mauvaise conseillère.

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