Il vaut toujours mieux se creuser la tête que creuser la dette

L’accalmie, relative, de la pandémie et le retour de la croissance font ressurgir au premier plan la question de l’avenir de notre politique budgétaire.

En prélude à la confection du budget, le débat a déjà fait rage cette semaine au sein de la Vivaldi, l’aile gauche de la majorité plaidant pour davantage d’investissements publics, alors que l’aile droite appelle à la prudence voire à des économies de plusieurs milliards. Parallèlement, que ce soit au Fédéral ou dans les Régions, les vastes plans publics de soutien d’urgence à l’économie arrivent doucement en phase d’atterrissage.

Ces derniers mois, la Belgique, comme tous les États européens, a dépensé sans compter pour éviter un naufrage économique. Grâce aux taux bas, le service de la dette a même diminué. Ce qui a rendu cette opération de sauvetage sans précédent possible, c’est la mise sur pause du "pacte de stabilité", c’est-à-dire l’ensemble des règles européennes qui limitait le déficit public à 3% et la dette à 60% du produit intérieur brut. En Europe, les négociations sur la refonte de ce "pacte de stabilité" ont déjà débuté et seront âpres durant les prochains mois.

Croire qu’on peut indéfiniment délier généreusement les cordons de la bourse sans subir des conséquences est une illusion.

Notre politique budgétaire doit être équilibrée. Croire qu’on peut indéfiniment délier généreusement les cordons de la bourse sans subir des conséquences est une illusion. Les chiffres sont là : le ratio de dette publique des 19 pays partageant la monnaie unique a atteint pour la première fois en 2020 le seuil symbolique de 100% du PIB, contre 86% en 2019. En Belgique, le déficit devrait approcher les 7% cette année alors que notre endettement flirte avec les 112% du PIB. Les taux d’intérêt de la Banque centrale européenne ne sont pas encore près de remonter. Mais la BCE a enclenché, il y a quelques jours, un premier petit pas vers un retour à la normale par le biais d’un recalibrage de son programme d’urgence.

Le retour à une austérité pure et dure n’est pas une solution non plus. On en a vu par le passé toutes les limites. Un coup de frein brutal à l’investissement public risquerait de replonger nos économies dans la récession.

Au fond, il faut désormais inventer un nouveau modèle budgétaire. Il faut investir, oui. Mais intelligemment et de manière ciblée, en visant à maximaliser les effets retour pour l’emploi et la croissance et en misant sur les secteurs d’avenir. C’est une nécessité en particulier pour assurer la transition écologique de nos sociétés, pour rénover énergétiquement les logements, pour construire des bornes de recharge pour véhicules électriques, bref pour construire un nouveau monde décarboné. Mais cela ne dispense pas d’une gestion saine et de procéder à des réformes pour davantage d’efficacité dans les dépenses publiques. Il vaut toujours mieux se creuser la tête que creuser la dette. 

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