Investir dans l'Europe

Menaces nationales sur le budget européen

C’est un jeu dangereux auquel l’Europe s’est habituée. Tous les sept ans, lorsqu’il s’agit de discuter du cadre budgétaire européen, les États membres se comportent avant tout en négociateurs, pinaillant sur le montant de leur contribution au pot commun et sur les mécanismes par lesquels ils peuvent espérer des subventions en retour. Il y a un an, la Commission européenne proposait une légère augmentation de la participation relative des Européens. Il s’agissait de compenser le départ du contributeur net qu’est le Royaume-Uni et d’investir dans de nouvelles priorités pour lesquelles ce n’est qu’à l’échelon de l’UE que les Européens seront efficaces – la défense, la gestion des frontières.

Dans ce combat de comptes, les apothicaires ne devraient pas perdre des yeux l’essentiel.

On porterait donc le budget à 1,114% du revenu national brut de l’Union, ce qui reviendrait, en ôtant les ressources européennes propres, à une contribution budgétaire des États de 0,9% de leur richesse en moyenne. Ces chiffres vont bouger. D’une part parce que la Finlande, qui assure la présidence tournante du Conseil, s’apprête à proposer une "boîte de négociation chiffrée" aux gouvernements. D’autre part parce que la Commission d’Ursula von der Leyen, qui a pris du retard au démarrage, devrait apporter sa touche – elle propose de créer un nouveau "Fonds pour la transition juste" pour accompagner l’objectif zéro carbone qu’elle porte.

Dans le combat de comptes, les apothicaires qui se réunissent derrière les portes closes du Conseil ne devraient pas perdre des yeux l’essentiel: ces contributions sont un investissement vital. Pour ne parler que de la Belgique, les quelque 4 milliards (bruts) qu’elle devrait verser chaque année au budget commun sont à mettre en regard des plus de 56 milliards annuels qu’apporte à son économie sa participation au marché unique – sans même parler des retours directs du budget sous forme de subsides. "L’Europe se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait", disait Robert Schuman. Le cadre budgétaire européen ne devrait pas atterrir avant le premier trimestre 2020, ça laisse quelques mois encore pour méditer l’enjeu.

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