Jouer la montre énergétique est dangereux

Rédacteur en chef adjoint

Quasi tous les projets de centrales au gaz sont menacés par des recours. Une situation qui en ravit certains, comme la N-VA. Pourtant, jouer la montre pourrait nous coûter cher, et menacer l’approvisionnement du pays.

La guerre sur le nucléaire a-t-elle démarré en Belgique ? Sur le terrain en tout cas, les escarmouches se succèdent ces derniers jours. Il y a eu l’escouade emmenée par la N-VA, la semaine dernière. La province du Brabant flamand dont le parti nationaliste détient l’écharpe a rejeté le permis concernant l’implantation par Engie Electrabel d’une centrale au gaz à Vilvorde, unité censée participer aux besoins énergétiques du pays au lendemain de la sortie du nucléaire en 2025. Une décision rapidement saluée par les cadors du parti, dont l’opposition à ladite sortie, on le sait, est un cheval de bataille. Mais le cas vilvordois n’est pas le seul. Parmi les 9 projets connus de centrales au gaz, quasi tous sont menacés par des recours divers. Des procédures certes légales mais dont le calcul, s’il est de surcroit politique, est particulièrement dangereux.

Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas ici de dénoncer les inquiétudes des riverains. Elles sont légitimes. Une centrale au gaz n’est pas une construction anodine. Cette opposition citoyenne est déjà apparue dans d’autres projets comme les éoliennes et les lignes à haute tension. Une inquiétude à laquelle il faudra répondre, au cas par cas mais aussi avec diligence, tant est énorme le chantier énergétique de ce pays. Mais il faudra surtout autre chose qu’un agenda politique pour juger de la pertinence de ces recours, et pour proposer à la Belgique une stratégie digne de ce nom. Car jouer le jeu du pourrissement non seulement menace l’approvisionnement du pays, mais pourrait également nous coûter cher.

Jouer le pourrissement dans le dossier des futures centrales au gaz à des fins politiques non seulement menace l’approvisionnement du pays, mais pourrait également nous coûter cher.

De centrales au gaz, nous en aurons besoin quel que soit le scénario de sortie du nucléaire. Reporter l’arrêt de nos deux réacteurs les plus récents, scénario soutenu par les nationalistes, ne l’empêchera pas : jamais, dans l'état actuel du parc disponible, le renouvelable ne couvrira le reste des besoins. Or le calendrier est on ne peut plus serré. Le gouvernement fédéral évalue les offres des futures centrales au gaz d’ici octobre. L’incertitude juridique pesant sur les projets actuels pourrait décourager les fournisseurs impliqués. En réduire le nombre à coups de recours, c’est aussi réduire la concurrence et pousser le gouvernement à revoir à la hausse les subsides prévus dans le processus.

Entre-temps, les recours sont déposés sur le bureau des ministres régionaux compétents. En Flandre, il s’agit de Zuhal Demir, ministre N-VA. On attendra d’elle une décision rationnelle, et non idéologique. L’avenir énergétique du pays en dépend.

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