Juncker a "le cœur gros"

La dernière intervention de Juncker au Parlement

Ce n’était pas son chant du cygne, son mandat arrivant à échéance le 31 octobre. Mais c’était sa dernière prise de parole devant le Parlement qui l’a nommé à la tête de la Commission européenne en 2014. L’instant valait son pesant d’or, sachant qu’il ne rempilera pas. "Le cœur gros", comme il le dit lui-même, Jean-Claude Juncker a fait ses adieux aux élus, après avoir entretenu avec eux une relation d’amour-haine. Le Luxembourgeois est le dernier homme politique issu de l’époque des Mitterrand, Kohl, Delors et Maystadt qui donnèrent naissance à l’Europe unie et à la monnaie unique telles que nous les connaissons. Au milieu de ces grands, il faisait office de junior, apparaissant parfois fantasque mais toujours d’à- propos, la repartie cinglante et la cigarette au bec, au détour d’une réunion cruciale.

Sa mandature à la présidence a été marquée par des crises, dont une, le Brexit, fut d’une violence inouïe.

À la différence des dirigeants atones qui suivirent, des gestionnaires obsédés par les sondages, Jean-Claude Juncker fait partie de ces politiciens qui ont construit l’Europe avec une vision altruiste.

Sa mandature à la présidence a été marquée par des crises, dont une, le Brexit, fut d’une violence inouïe. Face à ces crises, il a réagi avec détachement et stratégie. Haï par une presse britannique partisane qui voulut le transformer, lui, un bon vivant, en ivrogne qu’il n’est pas. Apparaissant fatigué, tremblant, après de longs sommets, il a toujours gardé l’esprit vif. Suivi de son grand vizir, Martin Selmayr, dont certains disent qu’il serait devenu, par ses liens avec Berlin, le "calife à la place du calife".

Juncker a voulu une Commission politique. Il l’a eue, bien que bridée par la cacophonie nationaliste des Orban et Salvini. Il n’a pu, ni voulu, apporter une vision fédérale qui aurait offert un cadre plus solide à l’Europe et à sa monnaie. Mais il faudra jauger son héritage à l’aune des dizaines de législations que son exécutif a portées, dans un climat eurosceptique, sur le roaming, les Gafa, la protection des consommateurs, l’Europe sociale, malgré des faiblesses sur la fiscalité et l’environnement.

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