Kravis jalousait Albert Frère

Marc Collet

La rencontre avec le baron Lambert déterminante

La Belgique a eu ses grands industriels. Mais aussi ses financiers de renommée internationale. Le Wallon Albert Frère, qui vient de s’éteindre à 92 ans, est de ceux-là. Sans diplôme en main après la guerre de 1939-45, il a bâti pas à pas un empire financier qui a forcé le respect des plus grands investisseurs au monde. Et en premier, celui du célèbre Henry Kravis, du fonds d’investissement américain KKR, qui n’a jamais caché son admiration, voire sa jalousie, pour le juteux coup réalisé en 2006. A l’époque, Albert Frère avait troqué ses 30% de RTL Group contre 25,1% de la société allemande Bertelsmann. Cet échange lui avait été suggéré par feu Didier Bellens, qui dirigeait alors ce groupe de médias. Il lui a permis d’empocher un gain de plus de 2 milliards d’euros. Bien avant cela, en 1983, il était parvenu à convaincre sa famille de vendre les intérêts qu’elle avait dans le secteur de l’acier, sur le point de basculer dans la crise.

Il n’y avait pas que le monde de la finance à avoir éprouvé de l’admiration pour Albert Frère. Les dirigeants d’entreprise eux-mêmes cachaient difficilement leur sympathie lorsqu’ils apprenaient que le baron belge, un temps roi de l’indice CAC 40 de la Bourse de Paris, avait parié sur les actions de leur société. Albert Frère n’était pas considéré comme un prédateur agressif. Au contraire. Comme il aimait à le préciser, il ne souhaitait jamais "grimper par la fenêtre". Il avait le souci d’être accepté par les dirigeants des sociétés qu’il "convoitait".

On lui a souvent reproché d’avoir fait glisser des entreprises belges dans des mains étrangères. A juste titre, pour certains. A tort, pour d’autres. Pour lui, les entreprises de chez nous n’avaient pas la taille suffisante pour se lancer à la conquête d’autres à la veille d’un mouvement de concentration en Europe. Mieux valait pour une société belge être en mesure de pouvoir se vendre qu’être prise la corde au cou.

Grâce à ses dons pour la gestion des affaires, Albert Frère entretenait encore des relations conviviales avec le monde politique. De toutes ses rencontres, celle avec le baron Lambert, qui l’a invité à monter à bord de GBL  en 1982, et celle avec la Canadien Paul Desmarais sont, à coup sûr, celles qui ont été les plus déterminantes dans la longue carrière d’Albert Frère.

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