L’accord salarial n’est qu’un petit premier pas

Le gouvernement peut se féliciter d’avoir conclu un compromis sur les salaires cette semaine. Mais la route est encore longue pour conclure une paix sociale. Après la crise, il faudra oser s’attaquer aux questions qui fâchent: la loi de 1996 et la fiscalité sur le travail.

"Avec cet accord, nous apportons de la stabilité." Dans l’interview qu’il nous a accordée, le Premier ministre Alexander De Croo a raison de mettre à son crédit l’accord salarial conclu jeudi par son gouvernement. La Vivaldi a franchi un obstacle et avance. Pour rappel, les salaires pourront augmenter de 0,4% en plus de l’indexation en 2021-2022 et une prime de maximum 500 euros nets, sous forme de chèque consommation, peut être accordée cette année dans les entreprises qui ont obtenu de bons résultats.

Pour autant, ce compromis ne résout pas tout, tant s’en faut. Les contours précis de l’accord restent encore flous. Politiquement, les tensions dans la majorité, notamment entre le PS et le MR, demeurent patentes. Socialement, les syndicats sont maussades, ce qui laisse augurer de fortes bourrasques dans les semaines et les mois à venir.  De nombreux dossiers doivent encore faire l’objet d’arbitrages chez les partenaires sociaux: l’augmentation du salaire minimum en premier lieu, mais aussi les fins de carrière ou encore les heures supplémentaires. Les occasions de sorties de route seront encore nombreuses.

Dans un contexte de crise économique majeure, et au vu de l’incertitude toujours forte sur l’évolution de la pandémie, il était logique et pertinent d’être prudent. C’est pourquoi l’octroi possible d’une prime non récurrente est judicieux. Toutefois, au-delà de cet engagement ponctuel, convions le gouvernement, les patrons et les syndicats à s’attaquer, après la crise, à des questions autrement plus difficiles et plus structurelles.

Le problème de fond demeure: le travail coûte trop cher aux patrons, rapporte trop peu aux salariés et les cotisations sociales n’arrivent même plus à financer parfaitement la Sécu.

Tout d’abord, la loi de 1996 sur la sauvegarde de la compétitivité. Cette loi fixe l’évolution possible des salaires. Mais son cadre actuel, très strict, paralyse la concertation sociale. Une réforme sans tabou est nécessaire, faute de quoi le blocage actuel se répétera inlassablement à chaque négociation entre patrons et syndicats. Une réforme devra apporter davantage de flexibilité, tout en préservant la position concurrentielle de nos entreprises et, in fine, les emplois qui en découlent.

Ensuite, la fiscalité sur le travail. Celle-ci reste globalement exorbitante, tant pour les employeurs que pour les travailleurs. Depuis des années, on tente de la contourner: chèque repas, voiture salaire, défiscalisation d’heures sup’, etc. Le chèque consommation est le dernier avatar de ce procédé. À la fin, c’est Edenred qui gagne. Mais le problème de fond demeure: le travail coûte trop cher aux patrons, rapporte trop peu aux salariés et les cotisations sociales n’arrivent même plus à financer parfaitement la Sécu. Il faut repenser notre modèle. En n’oubliant jamais que notre leitmotiv doit être la création d’emplois et d’activité, garants de la prospérité de tous.

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