L'actionnaire n'est plus tout seul

KBC coupe dans l’emploi

Peut-on faire des bénéfices en milliards d’euros et en même temps couper dans l’emploi? On ne va pas se faire que des amis mais la réponse est "oui".

Oui, les bénéfices sont bons car ils donnent les moyens de poursuivre ses activités à l’avenir, de les développer ou de les réorienter au besoin. Pour le dire autrement, une entreprise non bénéficiaire est mal embarquée.

Et oui, il peut être responsable de réduire l’emploi si la situation l’impose. C’est douloureux mais cela peut faire partie des solutions. Car les bénéfices réalisés hier mesurent essentiellement l’efficacité passée, ils ne garantissent rien pour demain.

Oui, on peut faire des bénéfices et couper dans l’emploi.

Toute bénéficiaire qu’elle soit, KBC s’adapte à un environnement de plus en plus tendu. L’économie belge et européenne se rapproche de l’atonie, les taux de référence sont négatifs (ce qui mange la marge d’intérêt dont vivent les banques), le client s’est entiché de son smartphone et regarde son banquier comme un bureaucrate dépassé par les événements.

Bref, les raisons d’évoluer ne manquent pas et on notera qu’ici au moins, on n’a pas recours à de l’argent public pour envoyer des banquiers de 55 ans à la maison. Ici au moins, on évite la violence inutile.

Ce n’est pas la première restructuration bancaire. Ce ne sera pas la dernière. Après ING ou BNP Paribas Fortis, KBC y vient aussi et son geste confortera d’autres patrons de banque dans leurs projets de rationalisation.

Cela dit, le défi ne s’arrête pas là. Lorsqu’elle est cotée en Bourse, soumise de ce fait à la comparaison stricte des chiffres, une banque veut aussi tenir son rang sur l’échelle de la performance financière, de la rentabilité.

Or, il n’y a pas que l’actionnaire dans la vie d’une entreprise. Enlevez-lui ses clients et elle n’est plus rien. On peut en dire autant des équipes qui se bougent tous les jours pour faire tourner la boutique. Une entreprise ne va pas bien loin non plus sans cultiver le sens du long terme (pas exactement la priorité des marchés), ni sans donner du sens tout court à ce qu’elle fait (pas seulement comment mais aussi pourquoi).

Une question d’équilibre se pose donc, à trouver entre parties prenantes. Le monde a bougé là-dessus, l’actionnaire n’est plus tout seul à avoir raison. L’ignorer serait plus que dangereux, mortel.

Lire également

Echo Connect