L'alignement des astres

Frédéric Rohart

Ça aura pris plus de temps que prévu, mais ça valait la peine d’attendre. L’accord de coalition allemand fait la part belle à l’Europe. La feuille de route de Merkel V – qui doit encore être validée par les militants socio-démocrates –, promet à l’Union européenne "un nouveau départ". Ce qui est d’autant plus crédible que la formation d’une "grande coalition" centriste rapproche sensiblement Berlin des positions de Paris. Le moteur franco-allemand, sans lequel l’Union est condamnée au surplace, semble fin prêt à redémarrer.

Il faut souhaiter que cet alignement des astres aide l’Union à guérir de sa maladie chronique: le "too little, too late" (qu’on déforcerait en le traduisant). On l’a vu pendant la crise financière, et on craint de le voir encore avec ce qu’on pourrait appeler la crise du populisme – vote irrationnel pour le Brexit, avènement de "démocraties illibérales" en Europe centrale… On attend la suite avec le scrutin législatif en Italie, l’un des pays les plus eurosceptiques d’Europe.

Le Brexit a provoqué un sursaut collectif; l’arrivée d’Emmanuel Macron a ébauché un horizon. Mais encore fallait-il attendre Berlin pour apporter la seule réponse valable aux eurosceptiques: l’action.

Les domaines dans lesquels la souveraineté des peuples n’est crédible que quand elle s’exprime au niveau européen sont innombrables. L’Europe seule peut créer un cadre fiscal équitable pour que les grandes entreprises, et notamment les géants du net, paient leur part comme tout le monde. L’Europe seule peut – si elle le décide – sanctionner les paradis qui continuent d’organiser le casse du siècle permanent de l’évasion fiscale. Elle seule peut mettre en place des pare-feu anticrise de dernière génération; organiser des investissements dans des infrastructures communes; orchestrer une défense collective efficace; accélérer la lutte contre le réchauffement climatique à échelle continentale… Berlin et Paris semblent enfin prêts à déplacer les curseurs. La fenêtre de tir est courte. L’Europe peut agir, qu’elle fasse donc.

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