Joan Condijts

Carrefour qui saigne, c’est une chronique qui bégaie. Ou un disque rayé depuis plus d’une décennie, butant constamment sur ce même refrain en "ré": réorientation, réorganisation… À qui la faute? Aux dirigeants du distributeur d’abord: la direction peine à trouver la bonne voie et, quand elle la trouve, à barrer ce paquebot devenu si difficile à manœuvrer.

Carrefour qui saigne, c’est une histoire d’aujourd’hui et de toujours. Celle d’une entreprise devenue grosse à la faveur d’une époque, tellement grosse qu’elle se croit insubmersible, éternelle. Comme Nokia le fut.

L'appel des XI

11 entrepreneurs proposent 11 idées pour faire avec avancer Bruxelles et la Wallonie.

Parce qu’aujourd’hui, comme hier, tout est question d’adaptation au changement. Pour Carrefour, le changement, c’est le commerce en ligne, ce sont des envies de consommateurs qui se meuvent au gré des crises alimentaires, des révélations sur le cancer, de la pollution et du portefeuille: plus près, plus frais, plus sûr. Au prix juste évidemment. Et Carrefour n’y arrive pas. Ou pas suffisamment vite.

Plus que hier, la révolution est sans doute là, dans cette rapidité. L’Histoire économique accélère. Les petits se faufilent ou meurent dans l’anonymat. Les dinosaures se renouvellent ou crèvent à petit feu. Parfois, par la grâce de l’inertie, ils semblent bouger encore alors qu’ils sont déjà morts et ne le savent même pas. Un peu comme ces étoiles éteintes dont la lumière nous parvient encore…

 

Tel est le défi qui attend Carrefour et les autres. Toute la société en fait.

Car tout va plus vite. Tout s’assouplit. Les employés veulent davantage de flexibilité. Les employeurs veulent davantage de flexibilité. En ne changeant rien pour eux-mêmes bien sûr. Et, paradoxalement, tout devient posture. Les syndicats campent sur les droits acquis, le patronat n’imagine pas un partage du capital et le monde politique se satisfait de petites avancées qui porteront – c’est l’espoir – jusqu’au prochain scrutin.

Pourtant, il faudra plus.

L’Echo a réuni onze entrepreneurs lors d’une journée de réflexion. Une sorte de laboratoire où ces onze cerveaux ont travaillé au service de la collectivité.

Il faudra plus de créativité sociale: oser toucher à des droits pour en créer de nouveaux. Il faudra oser trancher dans le capital pour mieux le redistribuer. Il faudra des politiques qui osent davantage privilégier le long terme et braver la tentation des urnes faciles.

C’est dans ce contexte, morose mais avec cette conviction profonde qu’un meilleur est possible, que L’Echo lance l’Appel des XI. Cette volonté de générer des idées novatrices, susceptibles de faire avancer Bruxelles et la Wallonie.

En décembre dernier, L’Echo a réuni onze entrepreneurs et grands patrons lors d’une journée de réflexion. Une sorte de laboratoire où ces onze cerveaux habitués à turbiner ont travaillé au service de la collectivité. Des dizaines de pistes ont émergé. Nous en avons sélectionné onze. Nous les avons développées, testées.

Les onze idées nées de cette journée vous sont présentées. Onze idées qui ne font, ne feront pas l’unanimité. Mais onze idées originales qui n’appartiennent déjà plus à leurs géniteurs, qui sont sur la table, pour qui veut s’en emparer, pour qui veut progresser plutôt que stagner, essayer plutôt que critiquer. Et créer les conditions pour que les Carrefour de demain soient moins sanglants.

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