L'argent et le temps

Rédacteur en chef

Notre rapport à la mobilité est fait de mythes.

Mais, en 2019, combien de Belges sont encore accrochés à leur volant par amour de rouler des mécaniques? Surtout, si c’est pour pilonner du frein sur le ring. La majorité grandissante des cyclistes qui arpentent nos villes ne sont ni des idéalistes ni des gourous. Ils sont juste pragmatiques. Ils enfourchent leur deux-roues car cela leur coûte moins cher en argent et en temps. Quitte à s’enfumer les poumons dans le trafic rue de la Loi.

L’argent et le temps. Ces deux paramètres, à notre époque dictée par la rentabilité, sont déterminants pour nos choix de déplacements quotidiens (on peut ajouter le stress, le confort, la sécurité). Cela paraît tellement basique qu’on est presque gêné de devoir le rappeler: aucune politique de mobilité ne réussira si elle ne combine pas les motivations de tous les usagers de l’asphalte urbain.

Se déplacer en voiture reste dans 63% des cas plus rapide pour le navetteur que de prendre les transports alternatifs.

L’argent. C’est le bâton qu’a donc choisi Bruxelles en avançant le projet d’une taxe kilométrique. Un bâton intelligent car il cerne enfin l’usage et non plus la seule propriété du véhicule. Et cela tombe sous le sens puisque c’est, aujourd’hui, technologiquement possible à l’échelle régionale. Ce, même si la logique de l’efficacité voudrait une solution nationale.

Si c’est la voie tracée, il faudra parvenir à atteindre légalement le portefeuille de chaque usager alors que c’est la voiture de société qu’on pointe toujours du doigt.

Il faudra aussi frapper fort. Une étude de faisabilité, commanditée par la Région bruxelloise en 2011 dans le cadre d’un "éventuel" péage urbain, avançait un montant de 12 euros/jour pour l’objectif recherché d’une diminution de 20% du trafic.

Reste la carotte: le gain de temps dans ce cas. Selon une vaste enquête réalisée par L’Echo en mars dernier sur base des données du spécialiste du trafic gantois Be-Mobile (22.000 trajets analysés), le navetteur belge perd, en moyenne, une centaine d’heures par an dans les bouchons. Toujours selon la même enquête, se déplacer en voiture sur le chemin du travail reste néanmoins, aujourd’hui – dans 63% des cas – plus rapide que de prendre les transports en commun ou alternatifs (vélo, trottinette, voire marche à pied).

Bruxelles se doit d’avancer. Elle concentre le nœud du problème. Et l’urgence est là. On vous donne rendez-vous dans les bouchons lundi.

Mais le citoyen l’a déjà dit et redit. Manier le bâton – taxer l’usage – sans un réinvestissement massif dans une infrastructure de qualité – des bus, des trams, des trains en suffisance, qui arrivent à l’heure et ne s’arrêtent pas que dans les villes ou trop tôt – chassera de la capitale-entonnoir ses travailleurs et ses entreprises. Au risque de perdre son poumon économique, son moteur de richesse et son niveau de vie.

C’est là que cette volonté politique bruxelloise d’avancer vite, quitte à avancer seul, démontre ses faiblesses. Car ce chantier d’infrastructure, colossal, nécessite une volonté et une coordination fédérale. On reparle du ring? du RER ?

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