L’écolibéralisme, premier test de l'ère post-Merkel

Rédacteur en chef adjoint

Les élections allemandes n’ont pas désigné de vainqueur. Mais elles nous offrent un bel espoir, qui pourrait rayonner sur toute l’Europe: un dialogue entre l’écologie et le monde de l’entreprise.

Les lendemains des élections allemandes sont pavés d’incertitudes. Un vote sans gagnant, des orientations politiques difficilement conciliables et, pire, un futur timonier qui, quel que soit son nom ou sa couleur politique, ne pourra prétendre à une véritable légitimité tant les voix se sont éparpillées sur le damier politique. Les deux mastodontes de la "GroKo" (la "Grosse Koalition") sortante, la CDU/CSU et le SPD, se partagent une victoire dans un mouchoir de poche. Le chancelier qui sortira de leur rang devra faire preuve d’humilité.

Pourtant, l’encre a à peine séché sur les bulletins de vote, que l’Allemagne nous envoie deux messages d’une belle maturité. D’abord, elle a réussi à stopper la progression nauséeuse de l’extrême droite. Avec environ 10% des votes, l’AfD aura encore ses entrées au Bundestag, dont elle a poussé les portes avec fracas lors des élections précédentes. Mais, son action restera confinée à une agitation de façade sans réelle emprise sur l’avenir du pays.

Derrière les apparences, les Verts et les libéraux du FDP pourraient montrer à l’Europe, hors des postures trop souvent exclusives, combien l’écologie politique et le monde de l’entreprise peuvent faire bon ménage.

Le deuxième message est plus subtil, mais non moins encourageant. Dès l’aube, les Verts et le Parti libéral du FDP ont annoncé qu’ils commenceraient à deux un premier round de négociations avant de prendre langue avec les deux grands partis. Un peu comme si Rajae Maouane, Jean-Marc Nollet et Georges-Louis Bouchez se précipitaient l’un chez l’autre au lendemain des élections en Belgique. Les analystes n’ont évidemment pas manqué d’y voir là le dialogue de l’eau et du feu, tant les deux formations témoignent de divergences profondes. Pourtant, derrière les apparences, ces deux-là pourraient montrer à l’Europe, hors des postures trop souvent exclusives, combien l’écologie politique et le monde de l’entreprise peuvent faire bon ménage. Une collaboration sans laquelle notre agenda climatique ne serait qu’une opération mort-née, douloureuse et financièrement désastreuse.

Plus que le nom du chancelier, c’est le résultat de ces premières négociations entre Verts et libéraux qui donnera la véritable ambition de cette nouvelle ère de l’après-Merkel.

Les premiers signaux sont positifs. Dès dimanche soir, le président du FDP, Christian Lindner, a annoncé que le prochain gouvernement sera "marqué par l’écologie". Un geste qui répond au "pacte avec l’industrie" de la cheffe de file des Verts, Annalena Baerbock, où se dessine un habile plan de soutien à des entreprises qui joueraient leur jeu de la transition énergétique. Il faudra évidemment que la greffe prenne, mais les deux partis auront à l’esprit qu’ils ont un électorat commun: une jeunesse qui aspire davantage à relever les défis qui les unissent, qu’à brandir leurs divergences. Plus que le nom du chancelier, c’est le résultat de ces premières négociations entre Verts et libéraux qui donnera la véritable ambition de cette nouvelle ère de l’après-Merkel. Ce serait une belle leçon que nous auraient donnée là les électeurs allemands.

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