L’énergie chère, il faudra vivre avec

Rédacteur en chef adjoint

Ces dernières semaines, les prix de gros de l’électricité et du gaz ont grimpé. La faute à l’économie, aux marchés au carbone, à l’hiver qui vient. Vraiment? Il est temps de voir la réalité en face: avec la transition énergétique, la hausse des prix est là pour durer.

Les prix de l’énergie flambent à nouveau. Et à nouveau, nous voici devant la crainte de leur impact sur nos factures énergétiques. Air connu, mais qui risque de devenir une litanie longue et douloureuse si les indicateurs à la hausse se confirment, et ils sont nombreux. Les plus optimistes diront que les tensions actuelles (reprise de l’activité économique, marchés du carbone, prix du gaz) devraient s’apaiser. Et qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Peut-être, mais leur réflexion devrait glisser au-delà des quelques mois à venir. Et tenir cette poussée de fièvre actuelle comme une piqûre de rappel de ce qui nous attend à plus long terme: un renchérissement généralisé des prix.

Exercice difficile, car depuis les chocs pétroliers des années 1970, notre instinct nous a forcés à réagir aux effets exogènes, géopolitiques et monétaires. Aujourd’hui, la lame de fond est endogène: nous avons lancé une transition énergétique et une électrification de nos modes de transport qui, mises ensemble, mettent une pression sans précédent sur nos moyens d’approvisionnement.

Il est plus que temps de nous projeter dans un monde où se chauffer, se déplacer, produire, nous coûtera plus cher, et de réfléchir aux moyens pour nos sociétés et nos entreprises d’absorber le choc.

Il est plus que temps de nous projeter dans un monde où se chauffer, se déplacer, produire, nous coûtera plus cher, et de réfléchir aux moyens pour nos sociétés et nos entreprises d’absorber le choc. L’isolation des bâtiments et autres économies d’énergie offrent une première voie: il n’y a rien de moins cher qu’une énergie non consommée. C’est le principe qui sous-tend la grosse partie du plan de relance européen. Mais cela pourrait ne pas suffire. Pour les citoyens, d’abord, les plus précarisés d’entre eux, qu’il faudra protéger. Pour les entreprises, ensuite, celles dont les coûts énergétiques s’exposent au renchérissement du prix du carbone. L’Allemagne en a pris conscience. L’une des mesures phares de la candidate verte Annalena Baerbock consiste en un "pacte avec l’industrie" qui soutiendra les coûts inhérents à la transition énergétique en échange de business plans durables.

Mais voilà, la Belgique n’a pas la puissance de frappe financière de l’Allemagne et devra trouver d’autres poches pour soutenir cette transition. Notamment par le biais d’un glissement de la fiscalité du travail vers une fiscalité durable. Le mot de la fin revient à Bruno Roche, ancien économiste du géant alimentaire Mars. Ce week-end, il nous disait: "Au début des années 70, ce qui était rare, c’était le capital financier. Et les ressources naturelles étaient abondantes. Aujourd’hui, c’est l’inverse." Alors cessons de penser comme il y a cinquante ans et mobilisons cette abondance financière pour organiser notre monde de demain.

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