L’État doit pouvoir prouver son engagement pour le climat

Rédacteur en chef adjoint

Le contrat de gestion de la SFPI, bras financier du gouvernement fédéral, n’impose qu’à minima de veiller à la vocation environnementale de ses investissements. Une timidité qui tranche avec les propos de ses ministres. Il est temps pour l’État de s’engager clairement pour le climat.

Il y a eu les paroles. Il faudra les actes. À la veille de la COP26 à Glasgow, certains ministres du gouvernement fédéral ont affiché un volontarisme spectaculaire pour sauver la planète. On a entendu la ministre fédérale du Climat Zakia Khattabi se réjouir d’une "vraie révolution culturelle au Fédéral sur le climat". On a lu dans ce journal les fracassants 5.000 milliards d’euros dont le secrétaire d’État Thomas Dermine voudrait doter l’Europe "si on veut être crédibles sur notre objectif de neutralité climatique". Or, que voit-on? Que la SFPI, bras financier dudit État fédéral belge, est bien peu mandatée à se désengager de ses investissements dans des entreprises à haute consommation d’énergie fossile. Brussels Aiport, le transporteur de gaz Fluxys, le spécialiste de l’aérien Sonaca, la compagnie Air Belgium … avouez, on a vu plus vert comme entreprises.

L’État doit-il pour autant s’en désengager totalement? Non. Le cas de Brussels Airlines que la SFPI a dû secourir l’année passée en plein marasme sanitaire montre bien les dangers d’un radicalisme environnemental: l’impact systémique d’une faillite aurait rayonné bien plus loin que le tarmac de Zaventem. Au-delà de ce cas particulier, les partisans d’une transition énergétique douce prônent avec raison un accompagnement des mauvais élèves pour les amener à la vertu environnementale. Ce sont les "50 nuances de vert", thèse que véhicule Mark Carney, l’envoyé spécial des Nations Unies pour le climat et ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre. Carney pourfend la dichotomie destructrice du "si ce n’est pas vert, c’est brun, et donc à jeter". Et après moi le déluge.

La seule manière d’y voir clair est de publier en toute transparence les raisons durables d’une aide publique et d’en évaluer la bonne trajectoire tout au long de son parcours.

L’argument est certainement valable. Mais ne sombrons pas dans l’angélisme. Une aide financière publique doit pousser les autorités à négocier pied-à-pied un retour vert sur investissement. À défaut, les partisans de la transition douce pourront toujours évoquer tantôt un bâtiment éco-performant, tantôt un horizon "zéro carbone"» à moyenne échéance. Un peu court. Ce sont les mêmes acteurs qui poussent aujourd’hui la Commission européenne à modifier sa taxonomie européenne censée réorienter les flux financiers vers des entreprises durables. Voire même à y intégrer le gaz comme "énergie de transition".

On le voit, la frontière est brumeuse. La seule manière d’y voir clair est de publier en toute transparence les raisons durables d’une aide publique et d’en évaluer la bonne trajectoire tout au long de son parcours. Une nécessité pour que la main gauche de l’État cesse d’ignorer ce que fait sa main droite. Pour que les belles paroles soient enfin suivies des actes.

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