L'été passe, le déficit file

Benoît Mathieu

Le budget belge dérape de 4 milliards d’euros

C’est l’un des risques encourus, lorsque l’on dispose de six gouvernements, surtout pour un pays grand comme un mouchoir de poche. Se dire que l’on peut très bien se passer de l’un d’entre eux durant quelque temps, sans que tout ne parte à vau-l’eau. La preuve: la Belgique n’a-t-elle pas tourné en l’absence de gouvernement fédéral durant 541 jours, à la charnière de 2010 et 2011? Ce n’est qu’à moitié vrai: si les partis traditionnels belges se sont ébroués fin 2011, embarquant dans l’exécutif Di Rupo, c’est aussi parce que marchés, agences de notation et institutions internationales commençaient à trouver le temps long, et à le faire savoir.

La Belgique n’a tout simplement pas les moyens financiers de lanterner.

Neuf ans et deux scrutins législatifs plus tard, la situation n’est pas tout à fait identique. On ne brandira pas trop la "menace internationale". Celle voyant la Commission européenne attendant un budget belge pour le mois d’octobre, et s’impatientant car ne le voyant pas arriver. Ou de marchés devenant nerveux – pour cela, on a le temps, la Belgique empruntant à l’heure actuelle à taux négatifs sur dix ans. En fait, un rapide coup d’œil sur la situation belge suffit à convaincre que cela urge. La Belgique n’a tout simplement pas les moyens financiers de lanterner. Tenez: l’administration vient de le chiffrer. Faute d’exécutif de plein exercice et de pilotage budgétaire, le déficit structurel belge pèsera, fin 2019, 4 milliards d’euros de plus qu’initialement prévu.

Un avertissement loin d’être isolé. Ces dernières semaines, les piqûres de rappel se sont succédé. D’ici 2040, la facture du vieillissement de la population devrait gonfler de 17,1 milliards. 2040, c’est loin? Oui, mais ça commence demain, ont rappelé les comptes de la Sécu. Qui annoncent qu’en 2020, les dépenses de pension grimperont de 1,78 milliard. Et que ce surcoût atteindra 6,7 milliards dès 2024.

Mille raisons existent pour former rapidement un gouvernement belge – sans doute toutes aussi valables les unes que les autres. Mais il en est une qui parlera à tout le monde. La torpeur fédérale actuelle, si elle se poursuit, risque de coûter cher, à tous. Et de mettre à mal la prospérité du pays.

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