L’Europe doit surmonter la peur du vide

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Après des années Merkel contrastées, un nouveau Chancelier va prendre le pouvoir à Berlin. On espère qu'il s'investira rapidement dans le projet européen.

L’avenir de l’Europe se joue en partie ce dimanche en Allemagne où les électeurs s’apprêtent à tourner la page de seize années d’Angela Merkel au pouvoir. Le social-démocrate Olaf Scholz fait figure de favori, mais le résultat des législatives comme la composition de la future coalition s’annoncent incertains. Ce scrutin nous concerne directement: Berlin est, avec Paris, le moteur de l’Union européenne et l’Allemagne est la première puissance économique du continent.

Durant ses mandats, Angela Merkel a montré plusieurs visages. Les moins bons? Lors de la crise de la zone euro, elle a incarné l’austérité pure et dure, parfois jusqu’à l’aveuglement, la monnaie unique a frôlé la faillite et les pays du sud, Grèce en tête, ont été poussés à bout. Elle a aussi eu des relations ambivalentes avec Pékin et Moscou, illustré notamment par le gazoduc Nord Stream 2 mené à bien malgré les jeux troubles du Kremlin. Son attentisme et son manque de vision laissent un goût d’inachevé et l’Europe apparaît aujourd’hui en moins bon état qu’à son arrivée au pouvoir.

L’Union européenne a besoin d’être plus forte, plus souveraine, plus visionnaire.

Les meilleurs? Elle a endossé l’habit de femme d’État en ouvrant les frontières, ce qui a permis de sauver des centaines de milliers de réfugiés - et l’honneur de l’Europe - face au drame syrien. Puis elle a avalisé ce qui était impensable alors en Allemagne: un plan de relance européen de 750 milliards d’euros financé par une dette mutualisée.

Affaiblie après le Brexit, gangrenée en interne par les populismes et les démocraties illibérales, l’Europe se retrouve désormais face à la peur du vide. Le prochain Chancelier n’aura pas le poids de Merkel. Sa priorité sera la politique intérieure. Et la prochaine élection présidentielle française représente une inconnue supplémentaire.

Or, les défis s’accumulent. Et il y a urgence. Au niveau stratégique, les États-Unis ont le conflit larvé avec la Chine comme priorité et ne peuvent plus être considérés comme le "parapluie" du Vieux continent. Le retrait non coordonné d’Afghanistan ou la récente "crise des sous-marins" entre Paris et Washington en sont les deux derniers exemples en date. D’autre part, la Russie et la Chine restent des menaces.

Au niveau économique, les enjeux ne sont pas moins grands. Il s’agit en particulier de soutenir durablement la croissance après la pandémie, de redéfinir les règles budgétaires après la mise sur pause du Pacte de stabilité et de réaliser une transition énergétique essentielle pour atteindre nos objectifs climatiques.

Face à ces défis, l’Union européenne a besoin d’être plus forte, plus souveraine, plus visionnaire. Elle doit renforcer son autonomie stratégique, avancer dans un projet d’intégration renforcée, solidifier son économie, défendre ses valeurs, dicter son propre agenda géopolitique. Pour y arriver, elle a besoin qu’à Berlin, le futur Chancelier prenne rapidement l’envergure nécessaire et s’investisse dans le projet européen.

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