L'Europe doit venir en aide au peuple biélorusse

Journaliste

L'Europe, si elle veut conserver sa propre conscience, ne peut laisser le peuple biélorusse aux mains d'un potentat délirant, vestige de l'ère soviétique, qui parade la kalachnikov au poing en traitant ses citoyens de "rats" et les fait torturer.

Les Biélorusses ne lâchent rien. Depuis plus d'un mois, une révolution portée en majorité par des femmes ébranle la dernière dictature d'Europe. C'était inattendu, et pourtant le mouvement s'amplifie. Chaque dimanche, des milliers de gens défilent à Minsk et dans toutes les villes du pays pour exiger le départ d'Alexandre Loukachenko. En face, le KGB et la police répliquent avec une violence inouïe. Des centaines d'opposants sont enfermés et torturés selon les méthodes de l'ancien régime soviétique.

Nous avons rencontré la cheffe de l'opposition biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa, exilée à Vilnius. Elle a appelé l'Union européenne à sanctionner le régime d'Alexandre Loukachenko pour les crimes commis contre son propre peuple.

Les Biélorusses, enfermés depuis 26 ans dans une dictature, ne veulent plus d'un dirigeant dont la réélection est truquée. Ils ne veulent plus de son sinistre KGB, de son économie amorphe et de ses liens troubles avec les oligarques et la mafia russe.

"L'Europe, si elle veut conserver sa propre conscience, ne peut laisser un peuple aux mains d'un potentat délirant, qui parade la kalachnikov au poing en traitant ses citoyens de 'rats'"

Ce n'est plus une poignée d'opposants que Loukachenko a en face de lui, mais des dizaines de milliers de manifestants qui réclament son départ. Ce n'est pas quelques dissidents faciles à éliminer qui protestent, mais une nouvelle génération qui se lève pour arracher au dictateur son masque de "petit père du peuple".

Les Biélorusses "ont changé", nous a confié Svetlana Tikhanovskaïa. Les voyages dans les pays voisins, en plein boom économique, et internet ont ouvert les yeux d'un peuple qui fut réduit à l'état de mouton par des années de violence illégitimes et de propagande.

L'Europe a eu le courage de rejeter le résultat des élections d'août. C'était un geste fort du président du Conseil européen, Charles Michel. Depuis lors, elle prépare des sanctions. Mais cela traîne. Chypre, proche de Moscou, bloque le processus. Cela suffit. Assez de petits jeux politiques, alors que des hommes et des femmes souffrent.

L'Europe, si elle veut conserver sa propre conscience, ne peut laisser un peuple aux mains d'un potentat délirant, qui parade la kalachnikov au poing en traitant ses citoyens de "rats" et semble prendre un plaisir à les faire torturer. La Biélorussie, plus proche de Bruxelles que de Rome, est un pays européen. Ses habitants ont les mêmes droits que les autres Européens et que tout être humain. Le droit à la liberté et à la dignité.

Svetlana Tikhanovskaïa (Cheffe de l'opposition biélorusse) "L'Europe doit être plus forte"

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