L'Europe otage de ses peurs

Journaliste

L’UE paralysée avant un sommet important

En menaçant l’Europe de lâcher des millions de réfugiés syriens sur son territoire si elle osait s’opposer à l’expédition criminelle menée par ses troupes contre les Kurdes en Syrie, le président turc Recep Tayyip Erdogan a montré son vrai visage. Celui d’un dictateur fou. On peut toutefois reconnaître une qualité au président Erdogan, il n’a peur de rien.

La réplique européenne fut celle d’un orchestre asthénique et dissonant. Quelques États courageux suspendirent leurs ventes d’armes, d’autres se turent dans toutes les langues. Bref, il n’y a pas eu de réaction européenne aux menaces du Sultan. "La Turquie est membre de l’Otan" fut l’excuse la plus entendue.

La peur d’agir, de décider et de froisser l’électeur a fini par tétaniser l’Union européenne sur tous les fronts.

À quelques jours d’un sommet européen, on ne pouvait rêver meilleur exemple de comportement timoré pour illustrer la paralysie de l’Europe. Certes, le Brexit monopolise des énergies. Mais la peur d’agir a fini par tétaniser l’Union sur tous les fronts.

Le budget européen? Bloqué par la peur des dirigeants d’accroître les contributions nationales d’un maigre pour-cent de PIB et d’en rendre compte à leurs électeurs. L’élargissement? Paralysé, par peur de nourrir l’extrême droite, en particulier en France et aux Pays-Bas. Quand bien même les peuples des Balkans tomberont alors dans les griffes de Moscou. La formation de la Commission européenne? Gelée par la France, parce que le président Macron n’a pas digéré l’éviction de Sylvie Goulard. "Jupiter", qui avait de grandes ambitions pour l’Europe, hésite désormais, les yeux rivés sur l’audimat électoral et l’épouvantail Marine Le Pen dressé entre lui est les présidentielles de 2022. Comme pour d’autres dirigeants, l’agenda national a fini par étouffer l’ambition européenne. La peur du revers électoral ronge le rêve d’une Europe unie.

Les Européens sont en droit d’attendre de leurs dirigeants, réunis en sommet ces jeudi et vendredi, plus d’ambition et moins de peurs. Sans quoi ils donneront raison aux autocrates comme Erdogan qui, eux, gouvernent par la terreur.

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