L'Europe prend un nouveau départ

Edito de Vincent Georis

Les élections de mai dernier ont révélé une nouvelle Europe politique, marquée par l’effondrement de l’alliance historique entre démocrates-chrétiens et socialistes. Ce recul a été provoqué par la montée des libéraux et des Verts, en réponse au besoin d’un nouveau dynamisme économique et d’une meilleure prise en compte de l’enjeu climatique.

Ce mouvement de balancier se traduira dimanche par l’arrivée de nouveaux visages à la tête des institutions européennes. De nouveaux projets. La Belgique y occupera une place de choix.

La nouvelle présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, apporte un vent de fraîcheur bienvenu.

Charles Michel, désigné à la présidence du Conseil européen, aura pour mission de rassembler les vingt-huit États européens pour leur donner une voix commune. Cette tâche sera des plus ardues, à commencer par l’élaboration du budget 2021-2027. Charles Michel a pour lui un art consommé de la résilience et l’énergie du nouveau départ.

Didier Reynders sera chargé de moderniser la justice européenne, de veiller au respect des valeurs démocratiques dans les États de l’Union et à la protection des consommateurs.

Les deux libéraux ont à leur actif l’expérience du compromis, une spécialité belge. Ils s’appuieront sur le groupe politique créé par Emmanuel Macron, Renew Europe, au sein d’une majorité avec les socialistes et les démocrates chrétiens.

Leur parcours sera semé d’embûches, car la stabilité de cette tripartite n’est pas encore assurée. Quant au Conseil européen, il reste fragmenté par un double clivage entre l’est et l’ouest et entre le nord et le sud. Il n’est pas certain, du reste, que tous les dirigeants aient la même affinité pour le compromis.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, fait souffler sur l’Europe un vent de fraîcheur bienvenu. Espérons qu’il résiste aux changements climatiques, car la mise en œuvre de son agenda exigera un appui sérieux du Parlement européen. Et si possible, le concours des Verts, sans lesquels la réforme aurait un goût de "greenwahsing".

La première femme de l’histoire à présider la Commission s’est dotée d’un agenda ambitieux, collant avec les attentes climatiques et la révolution numérique. Ce nouvel exécutif européen jouit d’une confiance plus importante que le précédent. Des grosses pointures, Thierry Breton, apportent un espoir légitime.

Un beau programme, dans lequel le citoyen aura du mal à se retrouver s’il ne délivre pas ses promesses et, surtout, des réponses à ses problèmes quotidiens. Des soucis, bien plus terre à terre que la question de l’intelligence artificielle.

L’Europe, lorsqu’elle répond aux attentes et aux peurs des gens, est capable du meilleur. Lorsqu’elle se replie dans une bulle technocratique où les lobbies rongent sa légitimité, elle prépare le lit de l’exême droite et des marchands de rêve sans lendemain.

Lire également

Echo Connect