L'Europe régalienne

Le Conseil européen est sous haute tension à la sortie de la crise migratoire et devant la perspective du Brexit. L'Union est à la croisée des chemins et si elle choisit le bon, peut-être pourra-t-elle renouer avec son projet fondateur.

L’Union européenne est un projet inabouti, une formidable expérience lancée sur les cendres des pires atrocités que l’humanité ait commises. Ce projet politique est instable mais fondé sur des bases fortes: des valeurs humanistes à vocation universelle et une conviction qu’unir les peuples par des actions concrètes est le remède aux guerres.

Ce projet a fonctionné et fonctionne toujours. Les peuples d’Europe prospèrent dans la mondialisation comme jamais ils n’auraient pu l’espérer grâce à leur marché commun et à leur liberté de circuler. Et ce qui les freine dans cette mondialisation, c’est le manque d’Europe.

S’ils parviennent à évacuer ainsi le sujet migratoire avant les élections, peut-être auront-ils gagné une manche.

Depuis une dizaine d’années, les faiblesses de cette construction éclatent au grand jour. La Grèce et la crise des dettes souveraines ont à la fois montré les manquements du moteur et l’incapacité des Européens à le réparer de manière efficace et rapide. La crise migratoire a prouvé que cette incapacité n’a pas été résolue. Et le Brexit a démontré comment des années de "bashing" contre l’Union peuvent pousser un peuple à suivre les joueurs de flûte vers l’impasse.

Et à présent, la construction est menacée dans ses fondements. Quand des États foulent au pied des valeurs aussi cardinales que la séparation des pouvoirs, quand des responsables font renaître une rhétorique fasciste, l’Union referme pudiquement le couvercle au motif qu’il ne faut pas leur donner de grain à moudre. Avec ce résultat que les "illibéraux", pour euphémiser, ont gagné la bataille de l’agenda.

Même si la crise migratoire est derrière nous, c’est ce sujet qui est au cœur du sommet européen qui s’ouvre. Les "libéraux", pour parler des autres, devront contrer l’offensive en apportant des réponses pragmatiques, conformes aux valeurs de l’Union, pour répondre à un problème qui n’en est plus vraiment un. S’ils parviennent à évacuer ainsi le sujet migratoire avant les élections, peut-être auront-ils gagné une manche.

Ainsi pourront-ils reprendre la construction d’une Union pleinement régalienne, forte et indépendante militairement et monétairement, confiante et pionnière. Ringardisant les velléités mortifères des nationalistes.

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