L'humanitaire au rabais

Journaliste

L’accord UE/Turquie est entré en vigueur

À quelques heures d’avion de Bruxelles, à la frontière macédonienne et dans les îles grecques, sévit la pire crise humanitaire qu’a connue l’Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Des milliers de réfugiés fuyant la guerre en Syrie ou en Irak et les régimes non démocratiques sont parqués dans des camps. Hommes, femmes, enfants et vieillards vivent dans des lieux insalubres. Bloqués entre des grillages de barbelés des pays de l’Est inhospitaliers et le feu des bombes ou la répression dans leur pays.

Il s’agit de rendre à des êtres humains leur dignité et d’assurer leur sécurité. Sur ce point, l’Europe a failli.

L’Europe a conclu un accord avec la Turquie pour sous-traiter ce problème qu’elle s’avère incapable de régler seule. Contre monnaie sonnante et trébuchante – six milliards d’euros –, une vague promesse d’adhésion et la libéralisation des visas. Les "Vingt-huit" se sont pliés à la volonté du président turc Tayyip Erdogan. L’Union européenne a remis les clés de l’Europe au "Sultan Erdogan", comme dit le président des Libéraux européens Guy Verhofstadt.

 

Vendredi, alors que l’accord était encore incertain, M. Erdogan s’est même permis de faire la morale à cette Europe à qui il a reproché de ne pas savoir accueillir les réfugiés. En s’attaquant, au passage, au gouvernement belge, qui avait autorisé une manifestation kurde à Bruxelles. Les dirigeants n’ont pas bronché. Ils ont signé.

L’accord est entré en vigueur dimanche et les Turcs ont commencé à honorer leur part du contrat. Mais qu’adviendra-t-il des réfugiés syriens qui retourneront de force dans le régime d’Erdogan? La Turquie est un pays hospitalier. Oui. Mais le régime fort d’Erdogan est aussi connu pour ses entorses aux droits de l’homme. C’est d’ailleurs un des rares pays au monde à ne pas avoir entièrement ratifié la Convention de Genève sur le droit d’asile.

L’Europe, la zone économique la plus riche du monde, a inventé un droit humanitaire au rabais. Par peur du populisme. Il ne s’agit pas, ici, d’accueillir toute la misère du monde. Loin de là. Ni de contourner le droit international ou de mettre la cité en danger. Il s’agit, ici, de rendre à des êtres humains leur dignité et d’assurer leur sécurité. Sur ce point, l’Union européenne a failli.

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