L'idiotie de l'urgence

La migration, un vieux problème.

La tragédie des migrants est toute shakespearienne: "Une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur". Et, en l’occurrence, l’idiot de service, c’est l’Europe. Rarement, comme dans cette pièce de Macbeth, aura-t-on vu une combinaison aussi aveugle et suicidaire de cynisme et d’hypocrisie.

Des centaines de malheureux, prêts à donner quelques milliers d’euros (une fortune) pour une chimère, ont trouvé la mort pour avoir embarqué sur ces rafiots. Une problématique qui date de plus d’une décennie. Et aujourd’hui, l’Europe se réunit… en urgence.

Car non, la migration ne date pas de la disparition de la Libye et de son fantasque dictateur.

En 2006, l’Union européenne avait trouvé un accord avec Kadhafi pour repousser les migrants de la corne de l’Afrique, contre une aide financière. Deux ans plus tard, le Premier ministre italien, Silvio Berlusconi, avait même signé un curieux chèque de 5 milliards d’euros avec ses excuses pour… 30 années de colonisation.

Si l’Europe doit aujourd’hui trouver une solution, c’est qu’elle ne peut plus financer un État félon pour faire le sale travail.

Mais derrière ces accords, la terrible réalité. De véritables camps de concentration, où sévices, humiliations et viols systématiques sont le lot quotidien. Ce n’est pas une quelconque ONG qui le signale. C’est Frontex, cette même agence à qui on demande aujourd’hui de résoudre le problème de l’immigration.

Malgré ces évidences, l’Europe fait la sourde oreille. C’est que le problème se situe alors dans des dunes étrangères et non sur ses propres vagues. Lorsqu’à la chute de Kadhafi, en 2011, l’Italie, en première ligne, parle d’un afflux potentiel de 300.000 migrants, notre ministre de la Politique de migration et d’asile de l’époque, Melchior Wathelet, parle de "chiffres dingues". Aujourd’hui, on n’en est pas loin. Selon le HCR, plus de 110.000 migrants ont débarqué illégalement en 2014 sur les côtes italiennes. Il y en aurait 29.000 depuis le début de l’année. Pour eux, le destin a troqué les horreurs des geôles pour les affres des tempêtes.

Si l’Europe doit aujourd’hui trouver une solution, c’est qu’elle ne peut plus financer un État félon pour faire le sale travail. Tout ce qu’elle décide, c’est de continuer à écumer les flots. C’est idiot, et c’est criminel.

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