L'impossible équation de la ministre de l'Énergie

Sortie du nucléaire, CRM, taxe CO₂: les gros industriels belges s’inquiètent. Une équation extrêmement complexe, à l’heure où éluder le réchauffement climatique n’est plus une option.

Face à la sortie du nucléaire et la mise en place du CRM, ce système de soutien aux centrales au gaz qui doivent venir compléter le développement des renouvelables, les gros consommateurs d’électricité belges s’inquiètent pour leur sécurité d’approvisionnement et leurs factures.

Une récente étude de la KU Leuven montre aussi que l’industrie belge serait particulièrement pénalisée par une augmentation de la taxe carbone. Une énorme majorité d’économistes s’accordent pourtant sur le fait qu’il s’agit d’un outil indispensable si l’on veut se donner une chance de résoudre les problèmes climatiques.

La ministre de l’Énergie Tinne Van der Straeten (Groen) se trouve dès lors face à une équation extrêmement complexe. Il lui faut, d’abord, s’assurer que la Belgique ne manquera pas d’électricité. Plonger le pays dans le noir n’est pas une option. Mais si un système de soutien est nécessaire, il doit être calibré au plus juste, pour éviter une envolée des coûts.

La résilience de notre industrie, qui va aussi devoir faire face au développement des renouvelables et sans doute à une taxe CO₂ européenne, n'est pas infinie.

Il lui faut, ensuite, voir comment répercuter au mieux les coûts de la transition énergétique. Faire porter le coût du CRM par le budget de l’État, comme elle l’a promis, risque de faire tiquer l’Europe, qui souhaite que des signaux tarifaires soient envoyés aux consommateurs pour qu’ils adaptent leurs comportements.

Mais la résilience de notre industrie, qui va aussi devoir faire face au coût du développement des renouvelables et sans doute à une taxe CO2 européenne, n’est pas infinie. La ministre va devoir veiller à ce que nos entreprises ne souffrent pas d’un handicap énergétique insurmontable vis-à-vis de leurs concurrents. Ce qui implique de revoir de fond en comble les systèmes de dégressivité et de plafonnement actuellement en vigueur au niveau de la facture d’électricité, pour soutenir non plus aveuglément les gros consommateurs, mais seulement les électro-intensifs, c’est-à-dire ceux dont les coûts énergétiques représentent une grosse part de la valeur ajoutée.

Mettre les problèmes sous le tapis en cédant à la pression des lobbies n’est pas une solution. Pour réduire massivement nos émissions de CO₂, il va falloir changer l’agriculture en profondeur, transformer radicalement notre industrie, bouleverser nos habitudes de consommation. Un discours difficile à assumer par le monde politique, mais le problème ne peut plus être éludé, à l’heure où selon l’ONU, la planète est en route vers un réchauffement de 3 degrés. Un niveau de réchauffement qui aurait des impacts délétères bien plus importants sur notre bien-être collectif.

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