L'Italie, mouton noir de l'Europe

Journaliste

Contre l’extrême droite, l’UE veut "dédramatiser".

Comme un arlequin diabolique sorti d’une boîte, Matteo Salvini a déboulé l’été dernier sur la scène européenne, élu grâce à une rhétorique mussolinienne, une europhobie omniprésente et un appel odieux à "nettoyer l’Italie quartier par quartier" de ses migrants. Casser de l’Europe et de l’étranger pour revenir aux nations du XIXe siècle, tel est le (seul) projet politique de l’extrême droite. Il fait de plus en plus recette en Autriche, en Suède, en Allemagne, dans les pays de l’Est et, on l’a vu lors de ces communales, en Flandre.

Matteo Salvini laisse entendre, sur l’air de la Diva, qu’il serait candidat à la présidence de la Commission. Lui, l’anti-Européen.

Le gouvernement italien, dirigé par la Ligue de Salvini et le M5S populiste, s’est engagé dans une croisade contre l’Union européenne. D’abord, en bloquant la législation sur la politique migratoire européenne. Ensuite, en présentant un budget fantaisiste que la Commission ne peut que refuser.

Jeudi, lors d’un sommet atone, les Vingt-Sept ont patiné, en silence et dans la cordialité la plus totale, sur la question migratoire. Au dîner, ils devaient faire des progrès sur le renforcement de la zone euro. Il n’y en eut aucun, l’ombre du budget italien pesant sur leurs débats. Mais chut… il faut "dédramatiser", lâchait un haut fonctionnaire.

Ces deux dossiers empoisonnent les débats européens. La Ligue italienne en joue. Elle s’en nourrit, au point que Matteo Salvini laisse entendre, sur l’air de la Diva, qu’il serait candidat à la présidence de la Commission. Lui, l’anti-Européen, lorgne l’institution incarnant la légitimité du projet européen.

Quelle sera la prochaine étape? Le budget italien ne passera pas la rampe. Le risque est grand de voir la Ligue renforcer son succès au sein d’une population irritée par cette sanction que Bruxelles s’apprête à prononcer. La Commission tente de noyer le poisson en posant des questions sur leur budget à d’autres États, dont la Belgique. Mais ce contre-feu ne suffit pas. Au final, seule l’Italie recevra le carton rouge. Et la Ligue jouera au martyr.

L’Europe doit d’urgence trouver des stratégies efficaces si elle veut endiguer les extrêmes d’ici les élections de mai. Sans quoi la stabilité de la zone euro et l’avenir du marché intérieur seront compromis.

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