L'Union à la dérive

Frédéric Rohart

La machine européenne se grippe en Italie. Face à la menace des eurosceptiques comme Salvini, l'Union ne se fera que par la force de ses valeurs.

En Italie, l’Europe poursuit sa lente agonie. Voilà un État fondateur de l’Union européenne qui refuse d’appliquer les règles humanitaires les plus élémentaires et qui utilise des groupes de personnes en détresse comme instruments de chantage contre ses partenaires. Un État fondateur qui au passage semble contourner le droit européen et international en envoyant vers un pays tiers des migrants recueillis par un de ses navires ("semble", car on n’est pas juriste et que la Commission européenne, gardienne des traités, reste silencieuse sur ce point). Un État fondateur, donc, qui décrète qu’il contournera désormais les bons offices de ladite Commission. Un État fondateur qui, comme un enfant colérique, menace de bloquer l’ensemble de la machine européenne – bloquer l’adoption du prochain budget – si les Vingt-sept ne cèdent pas à son ultimatum.

L’Italie a donc cessé de jouer le jeu de l’Union. Et ne risque pas de réapprendre les règles avant les élections européennes.

L’Italie a oublié tous les principes qui doivent gouverner les relations entre alliés, membres d’un projet qui a vocation à bâtir une union "sans cesse plus étroite" entre les peuples. Le respect et la conciliation laissent place à l’invective et aux menaces. Mais c’est devenu un lieu commun: l’Europe a le gouvernement italien qu’elle mérite. On peut remonter loin pour le confirmer – la destruction de l’État libyen a ouvert grand les portes de la Méditerranée centrale aux réseaux de passeurs, l’Union n’est pas parvenue à mettre en place un mécanisme convaincant de solidarité entre États pour l’accueil des migrants. Et le jour où le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini reçoit Viktor Orban, on note que cet échec résulte notamment du refus catégorique de pays comme la Hongrie de prendre leur part à l’effort collectif.

L’Italie a donc cessé de jouer le jeu de l’Union. Et ne risque pas de réapprendre les règles avant les élections européennes de mai prochain, où les eurosceptiques de tous poils espèrent faire un carton. Face à eux, il n’y a qu’une attitude possible pour les partisans de l’Union et de ses principes: brandir haut l’étendard de leurs valeurs. À la fin, les Européens auront l’Europe qu’ils méritent.

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