La bataille d'Italie

Giuseppe Conte démissionne

C’est la fin d’une expérience inédite dans l’histoire politique de l’Europe. Quatorze mois après la formation d’une coalition populiste formée par un parti d’extrême droite et un mouvement antisystème, le Premier ministre italien Giuseppe Conte a annoncé mardi sa démission. À terme, l’implosion du tandem était écrite dans les astres: si la Ligue et le Mouvement 5 étoiles cohabitaient, c’était pour se départager. Mais la détonation n’en plonge pas moins la politique italienne dans un épais brouillard, et la manière dont il sera dissipé a de quoi inquiéter le reste du continent.

"Matteo Salvini s’est comporté avec ses électeurs comme un spéculateur en bourse."

En voulant arrêter les frais de cette coalition au cœur de l’été et sans même chercher de prétexte, l’homme fort de l’extrême droite, Matteo Salvini, s’est comporté avec ses électeurs comme un spéculateur en bourse: prétendant récolter ses gains au sommet de la courbe (de sondages). Mais il n’est pas encore assuré de trouver acheteur. Le Président Sergio Mattarella entame en effet ce mercredi des consultations avec les chefs de parti pour explorer les alternatives à la convocation d’élections anticipées. Ces tractations pourraient-elles déboucher sur la création d’un gouvernement pro-européen, réunissant les partis qui ont voté en faveur de la présidente de la Commission européenne – ou sur un gouvernement technique, le temps de voter le budget 2020? Ces options éviteraient la convocation rapide d’un scrutin qui promet à l’extrême droite un score historique, peut-être une majorité absolue.

La fin de l’expérience politique qui a consisté à mettre l’union des colères à la tête d’un pays, accélérant la gangrène de la xénophobie et de l’incurie, pourrait provoquer un sursaut salutaire. Mais si au contraire, la suite de la séquence échoue à faire dégonfler la bulle Salvini, l’Italie remettra une pièce dans une machine infernale dont la vocation est soit de casser l’Union européenne, soit d’en sortir l’Italie. Le reste de l’Europe est au balcon, conscient que la bataille qui se joue en Italie est celle de ses fondements.

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