La Belgique a besoin d'un nouveau pacte fiscal

Journaliste

La sécurité sociale en péril.

Il y a comme une légère tendance à l’ingratitude dans la relation que la Belgique entretient avec sa sécurité sociale. Déjà, on peut avancer sans crainte que ce débat n’électrise pas les foules – à tort, tant ce dispositif accompagne le Belge, du sommet de sa forme à son chevet de malade.

Et puis il y a le fond. Abordé systématiquement depuis le bas de la vallée, le cou tordu pour contempler la montagne que représente le coût du vieillissement. Tendance que l’on voit arriver depuis quelques décennies, sans que l’on s’y prépare concrètement. Comme si notre pays était persuadé de révéler le meilleur de lui-même au pied du mur.

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C’est un fait: la Sécu constitue un fameux centre de dépenses. À hauteur de 96,7 milliards en 2018. C’est un autre fait: la Sécu constitue un investissement, tissant un filet social, mutualisant les risques, absorbant les chocs et redistribuant les richesses. Tout en participant à l’activité économique du pays. Si l’existence de la Sécu a son coût, son absence ou sa limitation en auraient également.

Aussi, au lieu de se lamenter sur l’ampleur de la tâche, ou encore le temps perdu, peut-être serait-il utile d’ouvrir ce débat: quel niveau de dépenses publiques est-on collectivement prêts à assumer durant les prochaines décennies? Notamment afin de faire face au grisonnement généralisé. Et quels mécanismes d’ajustement pourrait-on mettre en place si les hypothèses posées devaient s’avérer trop optimistes et si la facture, au lieu de se mettre à dégonfler à partir de 2050, continuait son implacable progression?

La Belgique n’évitera pas un véritable dialogue autour de sa fiscalité, ne fût-ce que pour stabiliser le financement de la sécurité sociale.

Par ailleurs, la Belgique n’évitera pas un véritable dialogue autour de sa fiscalité. Ne fût-ce que pour stabiliser le financement de la Sécu, sans cesse miné par les politiques de réduction de cotisations sociales et l’inventivité des "plans cafétéria" grignotant la masse salariale. Mais également afin de lui dénicher de nouvelles recettes, ce qui s’avérera indispensable, étant donné que le pilier "travail" n’y suffit plus.

L’occasion est belle pour redresser la structure fiscale belge, de guingois depuis trop longtemps, comme vient encore de le rappeler l'OCDE. Voire carrément mal ficelée, avec une charge excessive pesant sur les épaules du travail, un accent environnemental inexistant et une répartition absurde sur le capital. Ici aussi, il serait bénéfique d’ouvrir largement débat et fenêtres, afin d’éviter que le tout soit bouclé sur un coin de table, dans une sorte de troc bancal et intéressé entre partis de la majorité.

La dernière fois, pareille opération a accouché du tax shift, loin d’être l’incommensurable merveille vendue en 2015. S’il ne manquait pas de mérites, en matière d’équilibres et de handicaps, ce glissement n’a rien changé, ou si peu. Et son financement pose question.

Mais bon, pour tout cela, un gouvernement pourrait s’avérer utile.

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