La campagne est lancée

L'édito d'Alain Narinx, chef de la cellule politique de L'Echo.

Ce n’est pas le pacte de l’ONU sur les migrations qui a provoqué le crash de la coalition suédoise en bout de piste. Ce sont les élections. Les communales du 14 octobre, très décevantes tant pour la N-VA que pour le MR, ont suscité un vent de panique dans l’état-major des nationalistes flamands, qui a pris la décision stratégique de chercher à récupérer les voix perdues au Vlaams Belang en mettant l’immigration au cœur de la campagne pour le "méga" scrutin de mai 2019. Le MR, pour sa part, est resté intransigeant pour ne pas se déforcer aux yeux des électeurs à quelques encablures des législatives et régionales.

L’image d’un Charles Michel "scotché" à la N-VA et d’un gouvernement fédéral piloté de facto depuis l’hôtel de ville d’Anvers, inlassablement véhiculée par l’opposition depuis quatre ans, a fini par inquiéter les libéraux. Dans ce contexte, le pacte onusien n’était que l’étincelle pour mettre le feu aux poudres.

Si la N-VA reste incontournable en Flandre, la constitution d’une prochaine majorité ne s’annonce pas une sinécure

A court-terme, Charles Michel sort plutôt gagnant de cette séquence politique inédite. Il a affermi son statut d’homme d’Etat en soulignant que la Belgique respecte la parole donnée sur la scène internationale. Il a affûté son sens des responsabilités en cherchant un compromis jusqu’à la dernière minute, puis en poursuivant le gouvernement, fût-il minoritaire, pour finir le travail. Politiquement, il a joué finement. Sera-ce suffisant pour porter le MR vers un succès électoral et retrouver grâce aux yeux de l’opinion publique? Probablement aura-t-il ainsi récupéré quelques électeurs bleus "égarés". Mais ce ne sera sans doute pas suffisant pour élargir nettement l’électorat libéral : la politique de centre-droit menée durant quatre ans, souvent sans beaucoup d’empathie à l’égard des autres publics, reste minoritaire côté francophone.

La N-VA porte une écrasante responsabilité dans l’explosion de la coalition suédoise. Son attitude est indigne d’un parti de gouvernement. Elle a mis en péril plusieurs chantiers socio-économiques qui devaient encore être concrétisés ou gérés : le jobsdeal, le dossier énergétique, le budget mobilité, le Brexit… Un soutien extérieur, à la carte, sur ces dossiers ne tempère que faiblement ce gâchis. Les citoyens et les entreprises de ce pays n’avaient pas besoin d’une campagne électorale à rallonge.

La campagne électorale, en effet, est bien lancée. Certes, un gouvernement fédéral de plein exercice – un "Michel bis" ou une "orange-bleue" - reste en fonction. Mais les partis ont bel et bien les yeux rivés, plus que jamais, vers le prochain scrutin. En Flandre, la campagne sera dominée par la thématique de l’immigration. On a vu, mardi dernier, que les nationalistes flamands ne reculent pas devant l’utilisation d’images et de slogans nauséabonds pour séduire l’électorat. Voilà qui promet. Il faut pourtant répéter que l’immigration comporte autant d’atouts que de défis.

Les citoyens et les entreprises de ce pays n’avaient pas besoin d’une campagne électorale à rallonge.

A Bruxelles et en Wallonie, les thématiques sociales et économiques resteront très présentes. Ce n’est pas un hasard si le président du MR Olivier Chastel soulignait samedi dans nos colonnes qu’"aucun gouvernement n’a fait davantage pour le pouvoir d’achat des gens et pour l’emploi." Une façon déjà de marteler un message clé.

La fin de la coalition suédoise porte aussi en elle les germes de lendemains difficiles après les prochaines élections. Un gouvernement "Michel II" devient plus difficile. La N-VA a abîmé ses relations avec le seul parti francophone prêt à gouverner avec elle. Si la N-VA reste incontournable en Flandre, la constitution d’une prochaine majorité ne s’annonce pas une sinécure.

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