La caricature du low cost a vécu

La grève de deux jours chez Ryanair

Contrairement à ce qui s’écrit çà et là, le modèle low cost initié par Ryanair dans les années 1980 n’est pas dépassé. Il va même se répandre davantage, y compris sur long-courrier, car il est de plus en plus difficile de faire comprendre aux voyageurs que le "tout compris" inclut des prestations oubliées. En faisant payer un verre d’eau, un coussin, une couverture, un peu plus d’espace pour les jambes, le droit de monter en premier à bord – et on en passe –, les compagnies low cost ne font indirectement de la publicité aux compagnies "normales" qu’auprès des passagers fréquents.

Diviser pour régner, l’arme absolue de Michael O’Leary, commence à rouiller.

Le modèle low cost est donc parfaitement adapté à des profanes, mal renseignés ou qui ont eu la chance de ne jamais avoir eu de désagréments (du style vol annulé en escale). En revanche, ce qui est probablement dépassé, c’est la caricature du low cost si bien représentée par la compagnie irlandaise. Quand son CEO, Michael O’Leary, a annoncé il y a trois ans "vouloir devenir gentil" en limitant les pénalités pour des voyageurs distraits en matière de règles à respecter, il avait omis un détail: il était temps de "devenir gentil" pour son personnel aussi.

Bravant une peur légitime de licenciements immédiats, celui-ci commence à s’organiser à l’échelon international. Diviser pour régner – l’arme absolue de O’Leary – commence à rouiller.

Bien entendu, on regrettera qu’une fois de plus ce sont les passagers qui trinquent. Pour avoir été le témoin de familles entières refusées à l’embarquement vers le soleil de leurs vacances, avec mélange de tristesse et de colère, nous savons que ces épisodes sont poignants. Mais le client de Ryanair n’est-il pas un peu responsable? Nous nous souvenons d’étudiants qui nous disaient qu’ils acceptaient tous les risques, vu les prix. Mais une fois bloqués, sans le sou, à Lanzarote, ils ont moins fait les fiers.

Aujourd’hui, tout le monde sait que si les tarifs de Ryanair sont bas, c’est parce que le personnel est exploité. Et si celui-ci se manifeste par des arrêts de travail, faut-il accepter des changements de plannings de vacances? La réponse devient alors nettement plus nuancée. Il est sans doute urgent que Ryanair revoit son modèle social, avant que la perte de confiance ne se généralise.

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