La crise n'est plus migratoire mais politique...

©Sofie Van Hoof

La question migratoire déborde les migrants et est devenue cet enjeu politique, même simplement électoral.

Au-delà des individus, au-delà des drames humains, au-delà des milliers d’histoires personnelles, la crise migratoire s’érige en catalyseur de la perversité politique. La cacophonie décisionnelle européenne nourrit les vendeurs de solution simple, les tenants de la désincarnation froide et de l’inhumanité, faille qui ouvre tous les possibles, jusqu’à l’ignominie. L’incapacité à résoudre le problème que pose l’afflux de migrants exacerbe les clivages idéologiques. Et entretient les peurs primaires: ils sont l’envahisseur, ils sont l’ennemi, ils sont l’autre…

Malgré eux, les candidats à l’exil, politique ou économique, écrivent désormais l’Histoire. Ou plutôt, d’autres candidats, ceux au pouvoir, ceux qui briguent des mandats, l’inventent avec les espoirs de ces désespérés. Partout en Europe, la question s’est invitée dans le débat politique domestique. À l’est, elle sert à discréditer cette Europe faible et laisse poindre d’autres "-exits".

La question migratoire déborde les migrants et est devenue cet enjeu politique, même simplement électoral.

À l’Ouest, elle accentue l’écart entre la droite et la gauche et désinhibe encore davantage les partisans de l’extrême. L’Allemagne qui – plus pour des raisons économiques que par élan humanitaire – s’était montrée accueillante, voit désormais son ministre de l’Intérieur, le conservateur, Horst Seehofer, adouber, dans une rhétorique malheureuse qui rappelle l’alliance germano-italo-japonaise de la Seconde Guerre mondiale, un "Axe des volontaires dans la lutte contre l’immigration illégale" aux côtés d’un chancelier autrichien d’extrême droite.

Pourtant des solutions existent. Le règlement dit de "Dublin III" par exemple (qui prévoit notamment que le demandeur d’asile est pris en charge dans son premier pays d’arrivée) offre un cadre qui, moyennant des aménagements (tel qu’une solidarité élargie entre États de l’Union), pourrait satisfaire l’ensemble des parties. Ou du moins offrir un remède digne à cette crise. Sans tomber dans une folle course à l’ouverture à tout prix: "Accueillons tous les malheureux de la Terre"… Ni dans un repli aveugle et meurtrier: "Jetons-les à la mer"… La question migratoire déborde les migrants et est devenue cet enjeu politique, même simplement électoral.

C’est pourquoi les forces politiques traditionnelles doivent se méfier de leurs propres intérêts électoraux, ceux à courte vue. De leurs propres excès verbaux aussi. Car en jouant la polarisation, en oubliant que leur devoir est de trouver et prôner une solution équilibrée, ces partis ne feront que souligner leur propre incapacité à résoudre le problème. Ce faisant, ils conforteront ces idées qui s’insinuent dans les esprits lassés, d’une impuissance et d’une compromission élitiste du personnel politique. Ce faisant surtout, ils rendront les oreilles de maints électeurs perméables aux chants illusoires des sirènes dangereuses qui rôdent toujours en Europe.

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