La démondialisation n'a pas attendu Donald

Joan Condijts

Edito de Joan Condijts, rédacteur en chef

Donald Trump ne déroge pas à ses habitudes: après les déclarations tonitruantes, les décisions plus tempérées. Le Président américain imposera des taxes douanières de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles de l’aluminium. Comme annoncé avec fracas. L’homme à la mèche a cependant ajouté une promesse de "flexibilité" et de "coopération" aux vrais amis des Etats-Unis – et d’aucuns de déjà y voir une tactique de division du camp européen.

Cette "déclaration de guerre commerciale" comme de nombreux observateurs l’ont qualifiée, se doit d’être relativisée et contextualisée. Relativisée car les produits concernés ne représentent qu’une part fort minoritaire du commerce mondial – les deux produits en question ne pèsent que 2% des importations américaines. L’impact réel des mesures ne sera que peu conséquent. Contextualisée parce que la décision de Donald Trump s’inscrit dans un mouvement de démondialisation qui n’est pas neuf. Selon des données du Global Trade Alert, reprises par le New York Times, depuis 2010, les principales économies de la planète ont instauré plus de freins commerciaux que de mesures favorables à une circulation plus fluide et à une concurrence équitable. La différence réside dans les moyens utilisés: si l’Amérique brandit aujourd’hui l’arme tarifaire, jusqu’à présent, les outils utilisés étaient plus discrets tels des subsides ciblés, des normes faites sur mesure…

2008 se révèle davantage l’échec d’une mauvaise régulation que la débâcle de la mondialisation à proprement parler.

Ce mouvement de démondialisation remonte à la crise financière de 2008 qui a en quelque sorte marqué l’apogée de la globalisation. Ce phénomène est nettement plus inquiétant car l’Histoire a montré, en 1914 notamment, que ce repli souvent porté par des sociétés soudain timorées face à l’abîme – le manque de repères en fait – que représente un commerce mondialisé, est porteur de conflits potentiellement meurtriers. Or, 2008 se révèle davantage l’échec d’une mauvaise régulation que la débâcle de la mondialisation à proprement parler.

La décision de Donald Trump s’inscrit dans un processus américain sans doute plus large (d’autres décisions viendront vraisemblablement) mais, surtout, participe de cette sociologie du repli également observable en Europe ou en Russie qui favorise les pouvoirs forts, voire totalitaires, axés sur un populisme revendiqué et des discours nationalistes, parfois xénophobes. Les dernières élections italiennes en témoignent.

L’accélération de Washington sur l’acier et l’aluminium n’est, en somme, pas dramatique mais les réponses qui lui seront données ainsi que l’atmosphère qu’elle contribue à entretenir, accroissent le risque de voir une étincelle embraser des parties de la planète. Une nouvelle fois, Donald Trump joue avec des allumettes…

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