La dernière chance de la Wallonie

Seuls de bons résultats en termes d’emploi et d’activité pourront justifier, a posteriori, le relâchement de la discipline budgétaire. C’est à cette aune que le gouvernement Di Rupo sera jugé.

Jobs, jobs, jobs. Elio Di Rupo n’utilisera pas le même mantra que Charles Michel. Mais la création d’emplois sera pourtant bien l’enjeu fondamental, existentiel même, pour la nouvelle coalition arc-en-ciel au pouvoir à Namur.

L’objectif mentionné dans la déclaration de politique régionale est de porter le taux d’emploi wallon de 63,7% à 68,7% à l’horizon 2025. Cette hausse de 5% représente grosso modo le double de l’amélioration connue au cours de la législature passée. Elle représente environ 100.000 emplois à créer au cours des cinq prochaines années. C’est (très) ambitieux. D’autant plus que le contexte économique général n’incite pas vraiment à l’optimisme puisque la menace d’une récession plane sur l’Europe.

Pour y arriver, la Wallonie va miser sur l’investissement, laissant de côté l’orthodoxie budgétaire. Un pari risqué.

Seuls de bons résultats en termes d’emploi et d’activité pourront justifier, a posteriori, le relâchement de la discipline budgétaire. C’est à cette aune que le gouvernement Di Rupo sera jugé.

En complément, la Région adoptera différentes mesures, comme la réforme du Forem, la "garantie jeunes", le soutien aux starters, un incitant à exercer un métier en pénurie ou encore le développement de la formation en alternance. Elle doit aussi, parallèlement, se lancer de manière beaucoup plus résolue dans l’indispensable transition écologique. Celle-ci peut être un levier de croissance et d’emplois pour son économie.

La Wallonie doit d’abord compter sur elle-même. Les fonds européens ne seront pas éternels, l’Etat fédéral belge est de plus en plus évanescent, la Flandre se cherche un destin de plus en plus autonome. C’est inscrit dans les astres: le fait régional va encore gagner en importance. Le casting ministériel retenu montre d’ailleurs que les partis l’ont compris, en lançant dans la bataille leurs poids lourds (masculins) accompagnés de jeunes talents (féminins).

Pour la Wallonie, c’est la législature de la dernière chance. Dans cinq ans, ses rentrées financières vont commencer à diminuer mécaniquement en application de la nouvelle loi spéciale de financement adoptée lors de la dernière réforme de l’Etat. La perte est de 60 millions d’euros supplémentaires par an, à cumuler chaque année, à partir de 2025. Faites le compte: au bout de dix ans, cela représente un effort structurel de plus de trois milliards d’euros sur un budget total de l’ordre de 13 milliards. Colossal.

La seule manière d’affronter ce défi est de créer de l’activité et de l’emploi. Seuls de bons résultats en la matière pourront justifier, a posteriori, le relâchement de la discipline budgétaire. C’est à cette aune que le gouvernement Di Rupo sera jugé.

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