La dernière scène d'un Printemps triste

Joan Condijts

À quelques détails près, la boucherie syrienne figure la tension séculaire qui sous-tend le monde arabe d’une part, et les relations américano-russes d’autre part.

De Riyad à Rabat ne règnent que deux types de régimes qui sont les faces d’une même pièce liberticide: la théocratie et la dictature militaire. Le printemps arabe a bien tenté de mettre fin à cette spirale mortifère. Sans réel succès, à l’exception toujours fragile de la Tunisie qui, après avoir été tentée, sinon cadenassée un temps par la sirupeuse mais non moins dangereuse confrérie des Frères musulmans, s’essaie aujourd’hui tant bien que mal à la démocratie.

La Syrie demeure un bourbier duquel le régime de Damas risque de sortir vainqueur.

Aussi, la Syrie est-elle en quelque sorte la dernière scène de ce Printemps si prometteur et donc si décevant. Une scène malheureuse puisque ne s’y affrontent plus depuis longtemps que Bachar al-Assad et essentiellement des groupuscules d’obédience islamistes. Soit, grosso modo, un retour à la case départ: théocratie ou régime militaire.

Une scène malheureuse car, au conflit sanguinaire local, est venue se greffer une guerre vieille comme le XXe siècle, à savoir l’affrontement américano-russe. La Syrie se situe en effet aux confins des zones d’influence et d’intérêts (surtout) de ce qui reste une superpuissance, les Etats-Unis, et ce qui entend le redevenir, la Russie. Avec au balcon, plus ou moins actifs, les Européens côté américain et les Chinois et les Iraniens dans le camp russe.

Très cyniquement, les Russes n’ont pas tergiversé et ont misé sur le maître de Damas. Quant aux Américains et aux Européens, ils ont bien dû se résoudre à attaquer l’État islamique, ennemi de Bachar, mais exportateur de kamikazes désireux d’ensanglanter les cités occidentales. Un "État" quasiment vaincu aujourd’hui. Reste Bachar et les apparences…

L’encombrant tyran a du sang sur les mains et mis de la chimie dans les poumons de ses concitoyens. Ce qui gêne Américains et Européens, ou pour être plus précis, leurs opinions publiques. Jamais ils ne se sont vraiment engagés contre lui. Et il est peu probable qu’ils le feront, du moins autrement qu’en bombant un peu le torse, en tweetant quelques menaces grossières, au pire en envoyant une bruine de missiles.

Pourquoi en irait-il autrement? La Syrie demeure un bourbier duquel le régime de Damas risque de sortir vainqueur. Descendre sur ce terrain serait coûteux et ne conduirait malheureusement, si Bachar devait tomber, qu’à le remplacer par des opposants islamistes, non moins sanguinaires et infréquentables, soutenus par ce qui s’apparente de plus en plus à une nouvelle théocratie, la Turquie dirigée par Recep Tayyip Erdogan. Un triste tableau dominé par la "Real Politik".

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