La dette grecque mérite un geste

Après Athènes, c’est au tour des créanciers de plier

La branche a plié, elle n’a pas rompu. Cette semaine, le gouvernement grec a demandé un troisième plan d’aide financière et des mesures pour rendre la dette grecque "soutenable". Jeudi soir, il a donné un premier gage de sa bonne volonté en présentant un paquet d’actions prioritaires calqué sur les demandes que ses créanciers avaient formulées en juin. Celles-là mêmes, à quelques détails près, que les citoyens grecs ont rejetées en votant "non" au référendum du 5 juillet.

"Sans une solution pour la dette, le psychodrame qui sort par la porte reviendra par la fenêtre"

La branche a plié. La consultation populaire n’aura pas permis à Alexis Tsipras d’échapper à certaines mesures difficiles exigées par les créanciers, comme une réforme des retraites ou une augmentation de la TVA. On peut douter que le gouvernement grec pensait sérieusement pouvoir échapper à ces mesures, lui qui en juin répétait à l’envi que l’accord n’était plus qu’une question de détails, mais qu’importe.

La branche n’a pas rompu. En courbant l’échine, Alexis Tsipras se donne les moyens de gagner sur deux tableaux. Le premier, c’est la taille du sablier: ce que ses créanciers lui demandaient en échange d’une prolongation de l’aide de quelques mois, il accepte de le faire en vue d’une aide de deux ou trois ans. Le second, c’est la taille du fardeau. Près de six mois après son arrivée au pouvoir, Alexis Tsipras est enfin parvenu à imposer dans le débat la question d’un réaménagement de la dette grecque.

Christine Lagarde (FMI) en parle sans tabou, et le président du conseil européen Donald Tusk est allé jusqu’à intimer aux États créanciers de venir avec des propositions "crédibles" sur cette question. On s’est même surpris à se pincer en découvrant cette déclaration toute fraîche du ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble: "La durabilité de la dette n’est pas faisable sans un haircut" (une réduction de la valeur de la dette)… La question est sur la table, mais l’affaire est loin d’être dans le sac. Fort de son constat, le Dr Schäuble s’est empressé d’ajouter qu’il "ne peut pas y avoir d’haircut" dans l’union monétaire. Sans une solution créative pour réduire le poids de la dette grecque, le psychodrame qui semble aujourd’hui sortir par la porte reviendra par la fenêtre. La branche grecque a plié, mais si le tronc européen ne plie pas à son tour, il risque de se briser.

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