La diplomatie des gros mots

©Aude Vanlathem

Crise des missiles entre les Etats-Unis et la Chine

Vingt-quatre heures après être sortis du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire, celui qui mit fin à la guerre froide, les Etats-Unis annonçaient leur intention de déployer "le plus vite possible" des missiles en Asie-Pacifique. En diplomatie, en pleine guerre commerciale avec la Chine, cela s’appelle dire des gros mots. Pékin est entrée dans le jeu et a menacé de rétorsion, trop contente de détourner l’attention de Hong Kong, où le parti communiste chinois est occupé à tuer les envies de démocratie.

En quelques années, les relations internationales sont passées d’un modèle multilatéral, complexe, où chaque voix compte à un Far West simpliste où deux dirigeants se livrent un duel. Ce fut le cas entre Donald Trump et le dictateur nord coréen Kim Jong-un, que le Président des Etats-Unis comparait à un "chiot malade" avant de lui promettre l’enfer nucléaire. Après plusieurs crises majeures, et dix fins du monde annoncées, les deux dirigeants finirent par s’étreindre en public, comme si de rien n’était.

La diplomatie des gros mots prolifère chaque jour un peu plus, avec des variations mais toujours le même sens de la division et du chaos.

Chaque jour, la diplomatie des gros mots prolifère, avec des variations mais le même sens de la division et de la provocation facile. Les clones du "trumpisme", tels Jair Bolsorano, Boris Johnson, Viktor Orban, Matteo Salvini, détruisent les ponts entre les nations que la diplomatie avait construits, brique après brique, après la Seconde Guerre mondiale. Ils s’attaquent à l’Union européenne, à l’Otan, à l’ONU. Parce que cela ne va pas assez vite. Parce que cela n’a pas l’air efficace. Parce que les gens ne comprennent pas. Parce qu’une insulte ou une menace de guerre passe mieux sur Twitter qu’une offre de traité réglant une crise complexe.

En faisant croire aux solutions simplistes, cette nouvelle vague de dirigeants démagogues et agressifs pousse chaque jour un peu plus le monde vers le chaos. À force de brandir la menace d’activer ses milliers d’ogives nucléaires, Donald Trump pourrait, un jour, déraper.

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