La Fed à l'offensive, vraiment?

Chroniqueur

Les membres de la Federal Reserve américaine font état des premiers relèvements des taux directeurs en 2023, soit un an plus tôt que prévu. Certains analystes parlent d'un véritable coup de tonnerre. Une opinion à nuancer.

Les commentaires qui suivent une rencontre de football sont parfois plus intéressants que le match lui-même. Avec les réunions de la banque centrale américaine, il en va de même. Ce jeudi, tout au long de la journée, les spécialistes ont décortiqué les choix opérés la veille par l’entraîneur Jerome Powell. Le président de Federal Reserve (Fed) américaine a-t-il joué de manière trop défensive? A-t-il adopté la bonne tactique ? Et, tout comme en football, il y a rarement unanimité dans les chaumières.

Pour d’aucuns, cette fois, c’est sûr, la Fed est passée à l’offensive, avec des prévisions qui font état des premiers relèvements des taux directeurs en 2023, soit un an plus tôt que prévu. Certains parlent même d'un coup de tonnerre. La Fed à l’offensive, vraiment? Effectivement, c’est peut-être un premier pas vers une normalisation de la politique monétaire, mais un petit pas seulement. Après tout, on parle de l'année 2023, soit dans deux ans. Et en l’espace de deux années, beaucoup de choses peuvent se passer.  D’ailleurs, Powell n’a pas encore levé le voile sur la réduction de son programme d’achats d’obligations. Ce sera pour une prochaine fois sans doute.

Ce qui étonne surtout, c’est l’écart entre les prévisions économiques et les actes de la banque centrale américaine.

Ce qui étonne surtout, c’est l’écart entre les prévisions économiques et les actes de la banque centrale. Car que nous dit la Fed? Le produit intérieur brut (PIB) américain devrait désormais atteindre 7% cette année. Ce chiffre révisé à la hausse depuis mars dernier est digne de la Chine ou de l'Inde. L’inflation, quant à elle, avait atteint  le chiffre de 5% en mai. Un chiffre qui témoigne d'une surchauffe certaine, mais qui paradoxalement n'avait pas effrayé les marchés financiers. Dans ses prévisions, la banque centrale américaine mise sur une inflation (inflation PCE pour Personal consumption expenditures) de 3,4% cette année, également une nette révision à la hausse par rapport aux 2,4% estimés en mars. Plutôt inquiétant.

Jerome Powell continue toutefois à marteler que la hausse des prix s'explique par des "facteurs transitoires". Et avant de modifier sa politique monétaire, il veut s'assurer que le pays a retrouvé un quasi plein emploi. Le patron de la Fed s'inquiète notamment de la détérioration, depuis le début de la pandémie, des conditions sur le marché de l'emploi pour les Américains les plus vulnérables (Afro-américains et Hispaniques). Powell a sans doute raison d'encore un peu temporiser. Mais il est clair que la pression sur ses épaules va s'intensifier. Pas facile d'être entraîneur, euh pardon, président d'une banque centrale...

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