La fracture climatique

L'éditorial de Frédéric Rohart

Les partis francophones unis derrière un projet de loi climat, voilà un signal politique important: on peut ironiser sur l’opportunisme électoral d’un tel projet à quelques encablures des élections, cette volonté commune de fixer des ambitions fortes – au moins 55% de réduction des émissions de CO2 pour 2030 – est une réponse politique claire à la mobilisation de la rue. "Cinq sur cinq."

Il faut espérer que le débat qui s’ouvre, assez mal, débouche rapidement sur un horizon clair.

Mais à défaut de se matérialiser, et donc de pouvoir être mise au crédit de tous ses promoteurs, elle restera comme une occurrence de plus dans l’histoire de l’immobilisme de ce pays.

Les dés sont-ils jetés? Libéraux et chrétiens-démocrates flamands ne sont pas convaincus. Sans eux, et bien sûr sans la N-VA, la loi spéciale n’a aucune chance à la Chambre. Ces partis n’aiment pas le texte sur la table, trop porté sur l’horizon, pas assez sur la manière d’y parvenir. Il faut pourtant espérer que le débat qui s’ouvre, assez mal, débouche rapidement sur un horizon clair: c’est quand on marche en regardant ses pieds qu’on se prend le poteau. En cette matière qui construit l’avenir plus qu’ailleurs, la Belgique a besoin d’une ambition lisible. Un objectif clair, séquencé, de ces perspectives enthousiasmantes qui font phosphorer les créateurs, métamorphoser les comportements, libérer les audaces.

À travers la Belgique, les élèves – les remerciera-t-on jamais assez – continuent de bouleverser l’ordre du jour pour l’exiger, cette ambition. Entre deux comptes d’apothicaires, certains, au sein des partis, pensent peut-être à la manière dont de Gaulle a mis un terme à la crise de mai 1968 avec des élections: les parents avaient sonné la fin de la récréation. Mais ça n’a pas empêché le mouvement de continuer de semer le bouleversement culturel qu’il portait.

Un demi-siècle plus tard, les parents ne sont pas face à une "chienlit" qui les dépasse, mais à une jeunesse qui réclame, avec une grave maturité, que l’on respecte son avenir. Comme jadis, le bouleversement est en cours et ne s’arrêtera pas. Mais cette fois bien plus qu’alors, refuser de l’accompagner, c’est s’embourber du mauvais côté de l’histoire. De la fracture climatique.

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