La grève, arme de harcèlement

©Sofie Van Hoof

Blocages dans les transports à la veille des vacances

Les syndicalistes qui liront cet éditorial le qualifieront peut-être de nouveau couplet anti-grève. Rien ne serait plus faux. La grève est un droit chèrement acquis. Lorsque le personnel de Delhaize arrête le travail sous le coup de l’émotion à l’annonce de 2.500 pertes d’emplois, on ne lira jamais ici que ce sont de "mauvais" travailleurs. Mais la grève devrait être l’arme ultime, celle à laquelle on se résigne quand on a tout essayé. Avant de penser à faire perdre de l’argent à l’entreprise, avant de mettre les clients dans l’embarras, la concertation sociale offre de nombreuses possibilités de dialogue.

Dire que les grèves dans les transports prennent les passagers en otage n’est pas un poncif. C’est la réalité, dont ne semblent pas convaincus les syndicalistes qui brandissent l’arme de la grève pour un oui et pour un non. Au point qu’une question se pose: les travailleurs qui choisissent délibérément d’arrêter le travail un jour d’examen ou de départ en vacances aiment-ils vraiment leur travail et leurs clients? Savent-ils que leur mission est d’amener les voyageurs à bon port?

C’est d’autant plus choquant que les usagers les plus pénalisés sont probablement ceux qui sont les moins favorisés. En France, cette année, parmi les 7% des candidats au baccalauréat qui ont dû trouver une alternative au train, tous n’avaient pas des parents pour les conduire en voiture. Mercredi soir à Zaventem, les voyageurs qui se pressaient devant les comptoirs d’enregistrement n’étaient pas tous des businessmen habitués de la classe affaire. Combien étaient-ils, parmi ces passagers des vols annulés, qui profitaient des prix du mois de juin pour s’offrir quelques jours de vacances? Et combien seront-ils, lundi, à arpenter les quais de gare au lieu de profiter des plages de la mer du Nord?

Les syndicats des compagnies de transport, routier ou aérien, ont entre les mains des armes disproportionnées. D’un seul mot d’ordre, ils peuvent bloquer un pays et pourrir la vie de milliers d’usagers. Quand on dispose d’une telle arme, il faut en user avec prudence et de manière responsable. Sinon, les autorités sont en droit de prendre (d’essayer de prendre) des mesures qui s’appellent le service minimum.

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