La guerre commerciale aura bien lieu

Serge Quoidbach

Les Etats-Unis lancent l'offensive contre la Chine.

Dans la guerre de Troie, on assiste à 10 ans de siège, un massacre sans nom (à part celui d’une femme), et au final, un champ de morts. C’est le spectacle auquel nous assistons aujourd’hui. Au programme de ce péplum moderne: un président américain (qu’on comparerait plus volontiers à l’impulsif et pédant Pâris) se sent envahi par des hordes chinoises; en face, un président chinois (osons-le: un subtil mélange Ménélas/Ulysse) qui use de stratégies douteuses pour inonder le monde de ses produits. Ces deux-là aiment à se haïr, le premier attaquant depuis un an le second à coup de barrières tarifaires, ce dernier ripostant doucement, coincé dans une guerre dont il sait qu’il a tout à perdre.

Car la Chine ne peut l’ignorer: depuis qu’elle a adhéré à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2001, il ne s’est pas passé un jour sans qu’elle n’en distorde les principes. Subsides massifs vis-à-vis de ses entreprises, violation de propriété intellectuelle, fermeture de pans entiers de son marché… les griefs sont nombreux. Sans compter la contrefaçon, sport national qui relègue le Canada Dry au rang des plus grosses blagues de l’histoire.

Nous souffrons tous de la "petite querelle" de Trump et des ripostes chinoises.

Et le fameux cheval dans tout ça?

Il est bien là. La Chine possède un port en Grèce, des terminaux à Naples, à Zeebrugge, et vient d’intégrer l’Italie dans sa nouvelle "route de la soie". À Liège, on se gargarise de la présence d’Alibaba, dont le nombre de colis explose dans la principauté, mais dont il faut vérifier les contenus potentiellement contrefaits ("de meilleure qualité, de meilleur prix que les produits d’origine", dixit le CEO Jack Ma).

Faut-il pour autant, comme le suggérait le sage Laocoon, crever les flancs du cheval et continuer la guerre? Demandez à un Chinois, posez la question à un Américain, sondez les Européens, aucun ne répondra par l’affirmative. Nous souffrons tous de la "petite querelle" de Trump et des ripostes chinoises.

Plus subtilement, dans un récent document où elle appelle la Chine un "rival systémique", la Commission européenne prône un renforcement de l’OMC, avec des règles communes auxquelles les Chinois doivent adhérer. Encore faut-il que toutes les parties se remettent autour de la table. Vu la rhétorique trumpienne, vu le sentiment national chinois, vu la division interne en Europe sur la façon d’appréhender l’ennemi (pays du sud et de l’est contre le reste), ce bon sentiment tient de la gageure.

Et pourtant, c’est bien d’un terrain neutre dont les belligérants ont besoin. Sauf à faire croire comme Giraudoux que la guerre commerciale n’aura pas lieu. Alors que, sous nos yeux, elle fait déjà des victimes. Ce n’est pas Cassandre qui nous contredira.

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