La licorne wallonne, cet animal de moins en moins imaginaire

Responsable du service Entreprendre

Trois mois à peine après la première "licorne" wallonne Odoo, c'est désormais I-care, basée à Mons, qui pourrait accéder au statut symbolique.

Et de deux ? Félicitons-nous, une deuxième entreprise wallonne pourrait bientôt rejoindre le cercle (très) fermé des licornes. Ces entreprises innovantes et non cotées en bourse, dont la valeur estimée dépasse le milliard de dollars, ne sont que 800 environ, à travers le monde.

Trois mois à peine après Odoo, première licorne wallonne valorisée en juillet à 2,3 milliards de dollars, il est (déjà !) possible d’entrevoir – restons prudents – I-care accéder à ce statut tout symbolique, mais assimilé à la réussite. Licorne wallonne, l’animal est de moins en moins imaginaire.

Le renouveau économique wallon est-il en marche? Patience. Il faut plusieurs décennies pour qu’une région se désindustrialise, a-t-on coutume de dire dans les cercles économiques. Avant de rajouter qu’il en faut tout autant pour la réindustrialiser. Patience, donc, même si à n’en pas douter, quelque chose est à l’œuvre en Wallonie. Félicitons-nous, mais constatons.

Ces bonnes nouvelles pour l'économie wallonne n’ont pas émergé au sein des secteurs qui ont façonné notre tissu économique pendant un siècle environ. Odoo et I-care ont, certes, été aidées par les structures publiques de financement, mais elles ont fait leur trou entrepreneurial en dehors des pôles de compétitivité.

Parce que l’on ne sait jamais d’où peut sortir une licorne, ne négligeons pas les aides à la recherche qui produiront peut-être leurs effets dans 15 ans.

Dans quel secteur, d’ailleurs, catégoriser ces deux entreprises: les "services" pour Odoo, la "tech" pour I-care, ou l’inverse? La réponse est loin d’être évidente et importe finalement peu.

Et pour cause, un monde nouveau a émergé. Un monde où l'innovation se noue entre secteurs autrefois distincts. Un monde dans lequel les medtechs sont à la croisée des chemins entre sciences médicales et numérique, un monde dans lequel les biotechnologies peuvent se mettre au service de l’industrie textile et la numérisation faire émerger des solutions agricoles.

Dans ce monde, la domination des logiques sectorielles n’a plus beaucoup de sens. Et les décideurs politiques feraient bien d’intégrer définitivement ce changement. Plutôt que miser sur quelques acteurs destinés (mais par qui?) à devenir nos hypothétiques "futurs champions", approchons les enjeux économiques de manière transversale.

Plutôt que se concentrer sur quelques secteurs prédéfinis, en tablant sur les atouts wallons existants et en espérant y voir essaimer entreprises et emplois, faisons en sorte de donner des atouts à tous les entrepreneurs qui pourraient émerger.

Parce que l’on ne sait jamais d’où peut sortir une licorne, ne négligeons pas les aides à la recherche qui produiront peut-être leurs effets dans 15 ans. Et ne négligeons ni les entreprises qui naissent aujourd’hui ni celles créées il y a 15 ans: elles pourraient nous surprendre d’un jour à l’autre. Comme quand sur le front d’un beau cheval de course apparait soudain une corne légendaire.

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