La loi salariale, futur tombeau de la Vivaldi?

Journaliste politique

Le gouvernement doit agir pour dégager une troisième voie et permettre de nouveaux accords sur les salaires entre partenaires sociaux.

Les négociations du prochain accord salarial (AIP) ne débuteront que dans 15 mois... Et pourtant, elles agitent déjà le monde syndical. Ce vendredi, la FGTB battra d'ailleurs le pavé pour rappeler son opposition à la loi qui encadre l'évolution des salaires dans le secteur privé.

Selon Jean-François Tamellini, le boss wallon du syndicat, la révision de ce texte en 2017 a abouti à une version "ultralibérale", laquelle enferme les interlocuteurs sociaux dans un carcan et les empêche de parvenir au moindre compromis.

Côté patronal, on ne l'entend pas de cette oreille. Pour les employeurs, cette loi constitue au contraire le seul moyen d'éviter que la Belgique ne redevienne "le canard boiteux de l'Europe", comprenez la seule garantie qu'elle préserve sa compétitivité par rapport à ses voisins. Cette compétitivité, insistent-ils, elle est déjà grevée par l'indexation automatique des salaires, un mécanisme auquel nous sommes quasi les seuls à recourir sur le Vieux continent. Tant qu'il restera à l'ordre du jour, pas question de toucher à la loi sur les salaires, arguent les patrons.

Comme souvent, il y a des éléments qui tiennent la route des deux côtés. Dire que cette loi entrave la négociation se défend, tout comme assurer que s'en passer aurait des conséquences dévastatrices pour l'emploi. Afin de sortir de l'impasse, il faut donc une troisième voie, qui préservera le pouvoir d'achat des ménages, sans toutefois nuire à la compétitivité de nos entreprises.

Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas d'une énième réformette, mais bien d'une remise à plat de tout ce qui touche à la formation des salaires en Belgique.

Et pour y parvenir, le gouvernement devra prendre ses responsabilités. Attention, ce dont nous avons besoin, ce n'est pas d'une énième réformette, mais bien d'une remise à plat de tout ce qui touche à la formation des salaires en Belgique. Et oui, cela impliquera de toucher à la loi sur les salaires qui hypothèque aujourd'hui quasi toutes les chances d'accords futurs entre patrons et syndicats.

Ce n'est pas prévu par l'accord de coalition, rétorqueront les libéraux et le CD&V. C'est exact, mais se réfugier constamment derrière ce sacro-saint texte risque uniquement d'accélérer la course vers le précipice de l'attelage Vivaldi. Si l'aile droite de l'exécutif devra bouger à un moment, il en sera de même pour la gauche. Car toucher à la loi salariale ne suffira pas! Socialistes et écologistes devront aussi accepter d'aborder sans tabou la question du maintien de l'indexation automatique.

Quoi qu'il en soit, rester spectateur et attendre un clash début 2023 constitue un pari risqué pour les partis. Car, à un an de l'échéance de la législature, certains pourraient voir dans un nouveau blocage le "casus belli" idéal pour faire chuter le gouvernement. Ne pas agir, c'est accepter que ce dossier puisse devenir le tombeau de la Vivaldi...

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