La loi sur les réseaux, oui; la loi des réseaux, non

Newsmanager

C'est à l'autorité publique de contrôler les réseaux sociaux et non aux entreprises elles-mêmes. La loi doit s'y appliquer, de la même manière que dans la "vraie vie".

Le 11 septembre des réseaux sociaux. Voilà comment Thierry Breton, le commissaire européen au Marché intérieur, a qualifié la suspension du compte Twitter de Donald Trump dans la foulée de l’insurrection au Capitole. Depuis, la polémique enfle sur le rôle des plateformes numériques. Y aura-t-il un avant et un après? Laxistes hier, censeurs aujourd’hui, les réseaux sont sous le feu des critiques.

Le problème, pourtant, n'est pas neuf. Depuis longtemps, Facebook, Twitter, Instagram et les autres sont devenus l’exutoire des frustrés en tout genre, le réceptacle de tous les propos nauséabonds, dans l’impunité presque totale. Les conséquences de ce phénomène n’ont rien de virtuel, comme l’ont montré les événements des derniers jours, aux États-Unis.

Il est plus que temps de prendre ce problème à bras-le-corps et de réguler, comme la Commission européenne s’y attelle, d’ailleurs. Avec quelles limites? La liberté d’expression est sacrée et il n’est pas question d’y déroger. Mais la loi interdit déjà toute une série de comportements. Le racisme, par exemple, n’est pas une opinion, mais un délit. Les incitations à la haine, la xénophobie, les appels au meurtre ou à la violence, la diffamation, l’homophobie… sont autant d’actes condamnables en justice. Ce qui est vrai dans la vie "normale" – en présentiel si vous préférez – doit l’être aussi sur les réseaux sociaux, exactement de la même manière.

Ce n’est ni à Mark Zuckerberg ni à Jack Dorsey ni à leurs algorithmes de s’ériger en juges.

Il revient à l’autorité publique de contrôler et de sanctionner les éventuelles dérives. Ce n’est ni à Mark Zuckerberg ni à Jack Dorsey ni à leurs algorithmes de s’ériger en juges. Ils n’en ont pas la légitimité. C’est à la loi de fixer les règles du jeu, les droits, les devoirs et les garanties de chacun. Cela concerne aussi ces entreprises qui doivent notamment être obligées de mettre en place les outils nécessaires pour que cette loi soit respectée, comme elles ont déjà timidement commencé à le faire via les signalements de contenus douteux, par exemple.

On nous objectera que la tâche de contrôler les réseaux est titanesque. C’est vrai. Mais ce n’est pas une raison pour s’en dispenser. De même, les réseaux sociaux ne sont qu'une caisse de résonance d'un malaise plus profond. On ne peut pas se contenter de les réguler sans s’attaquer vraiment à ce qui alimente leurs dérapages, à savoir pourquoi tant de gens adoubent des idées extrémistes ou complotistes, voire des faits alternatifs. L’enjeu est vital pour nos démocraties.

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