La loi sur les salaires devra être réformée

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À situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles : la négociation sur les salaires doit sortir du carcan habituel. Il faut privilégier des solutions créatives, flexibles et non récurrentes avant d’engager une réforme plus profonde après la crise.

Comment mettre un pays à l’arrêt… alors qu’il l’est déjà ? La FGTB et la CSC ont offert ce lundi une expérience surréaliste, et inopportune, d’une grève nationale en pleine pandémie, alors que notre économie se débat avec la plus grave crise depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les syndicats plaident pour des augmentations de salaires. On rappellera que la Belgique dispose d’un mécanisme quasi unique au monde : l’indexation automatique. Ce n’est pas un détail. Elle protège grandement le pouvoir d’achat des ménages. Pour 2021 et 2022, elle représente une hausse de 2,8% des rémunérations.

Le cœur du blocage actuel, c’est la loi de 1996, revue en 2017, qui encadre la formation des salaires. Cette loi "de compétitivité" fixe une norme de croissance autorisée pour les salaires en fonction de l’évolution dans les pays voisins. Son objectif, louable, est d’empêcher que les coûts salariaux ne dérapent en Belgique, avec des conséquences néfastes sur l’emploi et la rentabilité de nos entreprises. Il s’agit d’un carcan strict. Pour 2021-2022, elle n’octroie qu’une marge de 0,4%, en sus de l’indexation.

La solution pour sortir de cette impasse est d’abord de revenir à un dialogue entre patrons, syndicats et gouvernement.

Cette loi n’est plus adaptée à la situation exceptionnelle actuelle. Certains secteurs ont encaissé des profits juteux grâce à la crise. Il est normal que les travailleurs dans ces entreprises puissent avoir leur part du gâteau. Pour d’autres employeurs, nombreux, la seule indexation sera déjà une charge énorme et chaque dixième de pourcent supplémentaire peut être insupportable.

La solution pour sortir de cette impasse est d’abord de revenir à un dialogue entre patrons, syndicats et gouvernement. Ensuite, il faut considérer la période actuelle pour ce qu’elle est : hors norme. Mettons la loi de 1996 entre parenthèses afin de permettre davantage de flexibilité dans les négociations : des hausses de salaires là où c’est possible… et pas de revalorisation du tout (hors index) dans les entreprises qui sont sur la corde raide. Surtout, il faut éviter d’engager des coûts structurels, en raison de l’incertitude totale sur l’avenir. Soyons créatifs. Privilégions les mesures uniques et celles qui ne pèsent pas trop sur les entreprises: par exemple, une prime, une hausse des chèques repas, une augmentation ciblée sur les plus bas salaires, des jours de congé supplémentaires… Un tel dispositif obère, c’est vrai, le financement de la sécurité sociale, mais la situation économique ne justifie-t-elle pas cette entorse?

Enfin, prenons rendez-vous. Lorsque cette crise sera terminée, il sera alors bon de se pencher sur une réforme en profondeur de cette loi de 1996.

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