La planète qui aimait jouer avec une allumette

Serge Quoidbach

"L’explosif demeure." La prédiction est sombre. Elle figure dans nos pages, sortie de la bouche de Jean-Claude Trichet. L’homme était président de la Banque centrale européenne au moment de la déflagration bancaire qui, en 2008, a rasé l’édifice bancaire belge. L’expression laisse songeur, et soulève bon nombre de questions. Pendant dix ans, les démineurs n’ont-ils rien fait? Les poseurs de bombe courent-ils toujours? Le terrain est-il encore miné?

Certes, il l’est moins.

Si la crise de 2008 a pu être maîtrisée, c’est grâce à la bonne entente entre les États. Ce n’est plus le cas.

Les réglementations entrées en vigueur aux niveaux européen et belge ont renforcé nos banques. Les vigies sont armées, la surveillance surveille, la gouvernance gouverne. "Si nous avions eu à l’époque la réglementation telle que nous la connaissons aujourd’hui, nous dit un analyste, Fortis serait toujours là." Dont acte.

Peut-on dès lors dormir sur nos deux oreilles?

Voilà une question à plusieurs centaines de milliers de milliards de dollars (le montant échangé chaque jour sur les marchés financiers). Les réglementations ont certes gonflé le matelas des banques, mais il ne faudrait pas que ceux-ci nous endorment. La banque de l’ombre (le fameux "shadow banking") évolue toujours dans la brume. Dans son rapport annuel sorti en mars, le Financial Stability Board parlait de 45.000 milliards de dollars en 2017, près de deux fois plus que 6 ans auparavant.

Il y a aussi les prêts aux étudiants américains, qui s’élèvent à 1.400 milliards de dollars et que d’aucuns comparent aux subprimes.

Ou encore la cybercriminalité, LE talon d’Achille de nos banques hyperconnectées. Elle n’était pas vraiment présente il y a dix ans.

Ce sont là quelques mines sur lesquelles la planète financière peut sauter à nouveau. Et elle sautera un jour, c’est inscrit depuis la crise de la tulipe au XVIIe siècle.

Alors cette question brûlante: pourrons-nous y faire face?

Probablement non. Car entre-temps, un explosif puissant s’est installé à la Maison-Blanche. Si la crise de 2008, aussi majeure fut-elle, a finalement pu être maîtrisée, c’est surtout grâce à la bonne entente entre les Etats-Unis, l’Europe et les autres grandes économies mondiales. Or, avec l’instabilité actuelle, ce n’est plus vraiment le cas. Si une nouvelle crise éclate, un conseil: bouchez-vous bien les oreilles.

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