La râpe, l'élastique et le sparadrap

©RV DOC

La Belgique, État défaillant?

La situation dans les prisons est dramatique. Pour les détenus et leurs gardiens – faut-il rappeler que la Belgique a déjà été condamnée pour conditions de détention inhumaines et dégradantes? Mais aussi parce que le dossier carcéral résume assez bien la façon dont ce pays fonctionne. On s’en souvient encore: il y a dix ans, cela chauffait déjà derrière les barreaux. Motifs? Surpopulation et vétusté crasse. Dix ans plus tard, les mêmes problèmes, en pire sans doute, nous obligent à appeler l’armée (!) à la rescousse.

Cela fait une trentaine d’années que la Belgique sous-investit allègrement dans ses infrastructures.

Les prisons ne sont pas les seules à se délabrer; nos tunnels, routes ou écoles ne valent pas mieux. La vérité, c’est que cela fait une trentaine d’années que la Belgique sous-investit allègrement dans ses infrastructures. Parce qu’à court terme, c’est la solution de facilité pour prétendre remettre un budget sur les rails, alors que cela revient surtout à créer une dette cachée.

Les pouvoirs publics ont subi le même sort: partout, on a sorti la râpe budgétaire, de manière un peu aveugle, et tiré le plus possible sur l’élastique. Parfois, cela casse. Alors on bricole vite quelque chose et on sort les sparadraps. Ah, on a trop coupé dans les vivres de la culture, de la justice, de la police ou encore du fisc, et cela craque de partout? On tente de rectifier le tir après-coup, en débloquant des budgets dans l’urgence, ou en "annulant" les économies programmées.

Ajoutez à cela un rythme électoral harassant, une lasagne institutionnelle diluant jusqu’à l’absurde les responsabilités et, peut-être, une certaine pusillanimité politique ambiante. Le résultat est que, sur nombre d’enjeux majeurs, identifiés depuis belle lurette, la Belgique a failli. Échouant à repenser sa mobilité et ses modes de déplacement, à réformer son labyrinthe fiscal, ou à se définir une vision énergétique et climatique d’avenir. On a vu venir le mur de très loin. Et on se l’est pris violemment de face. Ne nous voilons pas la face: la caricature du "failed state" n’est pas sortie de nulle part.

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