La responsabilité du banquier

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Le procès de Fabrice Tourre, l'ex-trader de Goldman Sachs, met à nouveau en lumière la responsabilité partagée de l'institution qui l'a engagé.

"Si j’avais su ce qu’ils allaient faire avec ça, je serais devenu cordonnier." "Je ne suis qu’un banquier qui fait le travail de Dieu." Les auteurs de ces citations? Albert Einstein et Lloyd Blankfein, respectivement scientifique renommé et patron de Goldman Sachs. Tous deux ont créé une arme de destruction massive. Le premier a rendu possible la bombe atomique. Il s’en est mordu les doigts. Goldman Sachs et consorts ont créé des produits structurés, pourris jusqu’à la moelle, et démultiplié les effets de la crise des subprimes. Et ils font "le travail de Dieu".

On a beaucoup épilogué sur la responsabilité des uns et des autres. Comme Einstein, Blankfein n’est pas directement responsable de l’effondrement du jeu de cartes sur lequel reposaient les subprimes américains. Le procès, qui a débuté hier, de Fabrice Tourre, ex-trader chez Goldman Sachs (lire en page 4), permettra de voir le degré d’implication de la banque d’investissement et de sa hiérarchie dans cette affaire.

Mais à ce stade-ci de l’après-crise, une réflexion s’impose: le nombre de personnes tenues pour responsables et réellement condamnées est ténu. D’où la question: comment si peu de gens ont-ils pu créer un tel désastre? Et celle, subsidiaire: comment faire pour que ces errements ne puissent plus nuire à ce point? La réponse des régulateurs a été celle-ci: il faut réguler.

Les Etats-Unis ont voulu montrer qu’ils ont compris les risques mieux que quiconque. La semaine dernière, les régulateurs américains ont indiqué qu’ils demanderaient à leurs huit banques principales de détenir deux fois plus de fonds propres que ce que prévoient les règles internationales.

Cette réponse est-elle suffisante? Pas dans ce registre. Ces huit banques ont vu leurs actifs sous gestion augmenter de près de 35% depuis 2007. Après les fusions et acquisitions bancaires poussées par les autorités, leur concentration a explosé. Les égarements d’un Fabrice Tourre et de sa corporation resteront explosifs. Et davantage.

Morale de l’histoire: il est plus difficile de contrôler un banquier qu’un simple cordonnier. Et Lloyd Blankfein n’est pas prêt de vendre des chaussures.

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