La sécurité, sans saper la liberté

Selon Benjamin Franklin, "une société qui abandonne un peu de liberté pour plus de sécurité ne mérite aucune des deux et perdra les deux".

S’il semble difficile, en ces jours sombres, d’appuyer un raisonnement aussi strict, il mérite toute notre attention. Sans attendre, pour éviter les remords tardifs. Le réflexe sécuritaire, nécessaire, doit évidemment permettre aux autorités d’éviter de tels drames à l’avenir mais de petites voix devront continuer de s’élever pour éviter que la lutte contre le terrorisme ne légitime des abus en matière de protection de la vie privée. Les précédents sont nombreux, l’occasion bien trop "belle". Quel hommage rendrait-on aux trublions de la liberté d’expression en acceptant des restrictions de nos libertés civiles, en interdisant des outils utilisés par les opposants aux régimes totalitaires? Quand David Cameron affirme haut et fort qu’il est prêt à bannir des outils de messagerie comme WhatsApp ou iMessage parce qu’ils sont trop sécurisés, il faut dénoncer. Dénoncer le raccourci, déjà: les autorités de plusieurs pays connaissaient la dangerosité des frères Kouachi et d’Amedy Coulibaly depuis plusieurs années, leur passage en prison a été déterminant, ils étaient sous surveillance… mais c’est la faute à Internet.

Les frères Kouachi étaient connus de la justice, sous surveillance,… mais c’est la faute à Internet.

Dénoncer l’hypocrisie, aussi, dans la mesure où les services de renseignement britanniques n’ont pas grand-chose à envier à la NSA quand il s’agit de pirater les services à disposition du public. Si la surveillance, massive et parfois illégale, ne fonctionne pas, faut-il plus de surveillance? On s’offusquait récemment de l’interdiction dans d’autres États de services comme YouTube ou Viber: doit-on désormais leur emboîter le pas? Pas de quoi, toutefois, dédouaner les acteurs du web qui trop souvent se cachent derrière des trous régulatoires pour éviter toute responsabilité. Skype peut utiliser tous les artifices juridiques du monde, c’est un opérateur dont la solution est utilisée par des milliers de personnes en Belgique et il devrait donc coopérer avec les services de police et de renseignement lorsque le cadre juridique est respecté. Il est temps de définir, à l’échelle européenne, un cadre précis des droits et devoirs de chacun. En gardant à l’esprit que s’opposer frontalement à Internet, c’est perdre d’office.

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