La société civile, tout sauf un prétexte

L'édito de François-Xavier Lefèvre

Dans une démocratie, les rôles sont généralement calibrés. Trois pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire) et des chiens de garde, derrière qui on range la société civile. On y trouve des acteurs comme le lobby patronal, des syndicats, des défenseurs de l’environnement, des acteurs opposés aux visites domiciliaires, des plateformes de lutte contre l’échec scolaire... Bref, une ribambelle d’activistes dont les intérêts sont multiples.

Malgré une certaine porosité entre la frontière qui sépare la société civile et le monde politique dans une Belgique encore fort marquée par la logique des piliers, ces deux mondes restent jusqu’ici cantonnés à leur rôle. Le politique fait les lois, la société civile fait pression si elle considère qu’il faut les amender. C’est la logique du contre-pouvoir.

Ce jeu de rôle n’interdit évidemment pas les contacts entre les deux mondes. C’est toute la richesse du système qui permet bien souvent de déminer certaines situations et pallier des injustices.

Ecolo veut aujourd’hui aller un cran plus loin en invitant la société civile à la table des discussions gouvernementales.

Qui pourrait imaginer que le MR accepterait de s’asseoir la bouche en cœur à la table des négociations et signer un accord négocié dans son dos?

Sans marcher sur la logique du contre-pouvoir, les verts ont exigé du PS qu’une série d’acteurs soient associés à la rédaction de l’accord gouvernemental en Wallonie. Cette consultation plurielle, lancée au nom de la reconnexion entre les citoyens et le monde politique, n’est pas anormale. Il a toujours été de coutume que les formateurs prennent le pouls du côté de la société civile avant de former un gouvernement. La démarche d’ouverture s’inspire également de ce qu’a fait Emmanuel Macron en France.

Mais à l’inverse du cas du Président français, le PS et Ecolo n’ont pas une majorité au Parlement wallon. Ils n’ont donc pas les mains libres.

Cette différence rend la démarche intéressée. En poussant l’ouverture vers la société civile, Ecolo espère-t-il rédiger avec le PS un accord gouvernemental qui soit suffisamment consensuel pour séduire des députés de l’opposition en vue d’obtenir une majorité au Parlement wallon? Le duo PS-Ecolo risque pourtant de tomber de très haut car en cas d’échec, il n’aura pas d’autre choix que d’accepter les libéraux à sa table de négociation.

La suite? C’est la dilution. Le fameux cœur de programme corédigé entre PS-Ecolo et les acteurs de la société civile sera disséqué par des libéraux ostracisés depuis trois semaines. Qui pourrait ainsi décemment imaginer que le MR accepterait de s’asseoir la bouche en cœur à la table des négociations et signer les yeux fermés un accord négocié dans son dos par le PS et Ecolo?

Il restera alors aux acteurs de la société civile à retourner d’où ils viennent et oublier cet épisode. Et éventuellement, espérer qu’il reste un petit quelque chose de leur cœur de programme.

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