La sortie du nucléaire ne devrait plus se jouer au forceps politique

Journaliste

La sortie du nucléaire de l’État Belgique est-elle menacée par un refus de permis provincial? Surprenante décision en tout cas, que celle de la députation provinciale du Brabant flamand, de refuser un permis à Engie-Electrabel pour l’implantation de son projet de centrale à gaz de Vilvorde.

Soyons clairs, l’octroi des permis pour les centrales qui devraient venir compenser la sortie du nucléaire n’est pas simple. Et tirer de grandes conclusions sur ces permis à l’aune d’un épisode isolé est peine perdue.

Les permis sont octroyés au cas par cas. Avec leur lot de réticences, d’arguments et contre-arguments. En témoignent les nombreux recours et refus, tant en Flandre qu’en Wallonie. Alors, ce "non"  provincial, est-il un moment charnière pour (retarder) la sortie du nucléaire, ou bien un simple rififi politique? La deuxième option, pardi!

Les arguments évoqués ici pour justifier le refus laissent perplexe. Des émissions de CO2 et d’azote jugées trop élevées? Certes, une centrale à gaz, cela émet du CO2 (!). Mais l’autorité provinciale brabançonne va ici à l’encontre de sa propre commission des permis d'environnement. Qui elle-même avait basé son feu vert à la nouvelle centrale, sur base d’avis notamment de la Société flamande de l'environnement (VMM) et de l’agence toute aussi flamande Nature et Forêts.

Autrement dit, et malgré une nuée de signaux "verts", la province du Brabant flamand indique le rouge. Pour une centrale qui répond pourtant au cahier des charges. Et selon Engie-Electrabel, qui n’a pas manqué de signaler son étonnement, un tel refus de permis contre l’avis d’une commission, cela arrive dans… 2% des cas.

La N-VA, qui s’est faite figure de proue de ce refus provincial, vient en réalité de rappeler sa ligne politique: contre la sortie du nucléaire.

La N-VA, qui s’est faite figure de proue de ce refus provincial, vient en réalité de rappeler sa ligne politique: contre la sortie du nucléaire. Dont acte. Mais gageons surtout que ce genre d’épisode ne se répétera pas. C’est que le temps presse.

Dans quatre ans et demi, et quoi qu’il advienne, cinq réacteurs seront fermés. Le sort des deux autres, plus récents, sera scellé à l’automne prochain – cela figure dans l’accord de gouvernement.

Ce "trou nucléaire", les investisseurs sont encore nombreux à vouloir le combler: Engie, RWE, Luminus, Eneco, Mitsubishi, se bousculent au portillon. Pour le moment. Mais construire des centrales à gaz en trois ans relève déjà du tour de force. Et il faut garantir un cadre clair et stable à ces investisseurs.

Engie a d’ailleurs répété à de maintes reprises qu’il est trop tard pour faire marche arrière – trop tard pour reporter, encore, cette fameuse sortie du nucléaire.

Fermetures de centrales et mise en route de nouvelles capacités, le double-calendrier progresse déjà à marche forcée. Nous n’avons plus le temps pour des arguments qui visent avant tout à jouer la montre.

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